La grève marathon des postiers du 92 se solde par une victoire

La grève marathon des postiers du 92 se solde par une victoire

La ténacité des postiers du 92 a payé

Une longue grève qui s'est conclue par un succès

Certes, on est encore loin des 10 années de grève des employés du Congress Plaza de Chicago, aux États-Unis, qui réclamaient une revalorisation salariale. Qu'ils n'ont jamais obtenue, d'ailleurs.

Mais avec 463 jours de grève au compteur, soit 15 mois, les 150 postiers qui avaient cessé le travail depuis mars 2018 dans les Hauts-de-Seine sont entrés dans le « grand livre du mouvement social en France ». Et quiconque a déjà fait grève ne serait-ce que quelques jours dans sa vie professionnelle ne peut que leur tirer son chapeau.

Le conflit a pris fin début juillet avec la signature d'un protocole avec la direction. Il avait débuté fin mars 2018 après le licenciement du leader départemental du syndicat Sud PTT Gaël Quirante. La Poste lui reprochait d'avoir participé à la séquestration de cadres de l'entreprise lors d'un conflit en 2010.

Ayant mobilisé de 5 à 20 % des effectifs (selon les sources), la grève a perturbé régulièrement la distribution du courrier dans des villes importantes comme Boulogne, Neuilly ou Asnières.

Des revendication élargies

Au fil des semaines, les revendications se sont par ailleurs élargies (effectifs, conditions de travail). Du reste, dans le même temps, des CDD furent régulièrement titularisés.

Ce long conflit a été ponctué d'opérations « coups de poing », d'occupations, de manifestations et de procédures judiciaires (gardes à vue). Mais l'une d'elles n'est pas passée inaperçue dans le monde syndical : bien que désormais rayé des effectifs, Gaël Quirante a conservé ses mandats au terme d'un arrêt de la cour d'appel de Versailles… Il a donc mené les négociations (43 réunions) tout en pointant au chômage.

Il ne désespère pas être réintégré. Ou devenir permanent. La personnalité du syndicaliste n'est pas neutre. Ami d'élus de la France insoumise, comme Eric Coquerel, il est aussi membre de la direction du NPA (un CV qui rappelle évidemment celui d'Olivier Besancenot). Ce n'est pas un hasard si, en avril, le NPA condamnait sa mise en examen : « Gaël n’a rien à faire chez un juge, ni aucun de ses camarades ! Sa mise en examen, pour des faits qui n’ont jamais été établis depuis 2014, est une tentative d’intimidation supplémentaire vis-à-vis de salariéEs en grève depuis le 26 mars 2018 et vis-à-vis d’un militant syndicaliste et politique déterminé à défendre les droits des travailleurs et des travailleuses. Nous demandons l’arrêt immédiat de toutes les poursuites judiciaires engagées à l’encontre de Gaël et de ses camarades. Nous lui apportons tout notre soutien, et affirmons que les seuls vrais coupables sont les dirigeants de La Poste, qui affament depuis plus d’un an 150 familles de grévistes luttant pour leurs conditions de travail et le service public postal. »

Effet boule de neige ?

Quant à l'intéressé, sur Twitter, il a dit sa fierté après ce qu'il juge une victoire : « 15 mois de grève acharnée ! Jamais nous ne nous sommes résignéEs. Ils voulaient des facteurs à genoux, ils ont eu des postiers, des postières et des soutiens debout ! Nous reprenons le travail plus forts. Que notre détermination puisse donner de la force à d’autres. »

On l'aura compris, estimant avoir obtenu gain de cause sur l'essentiel, en l'occurrence l'emploi et l'organisation du travail (abandon par exemple du projet de pauses méridiennes), les dirigeants de SUD PTT comme du NPA espèrent évidemment que cette grève en appellera d'autres, dans d'autres secteurs… Une convergence des luttes pour les uns, une union des (vraies) gauches pour d'autres : le marathon des postiers du 92 est-il l'amorce d'un mouvement de plus grande ampleur ? L'avenir le dira.

Mais en attendant, très concrètement, la caisse de solidarité est toujours en ligne.