Et si les syndicats pensaient déjà à « l'après » ?

Et si les syndicats pensaient déjà à « l'après » ?

Métro Paris

La grève a surtout concerné la SNCF et le métro

A l'image de Cole Stangler, correspondant du Guardian à Paris, il faut admettre que si le mouvement contre la réforme des retraites est peut-être historique, les syndicats français sont plus faibles qu'on ne l'imagine. Ils doivent déjà envisager la suite et surtout élargir leurs bases dans le privé.

« Vu de l'étranger, en France, la puissance de ses syndicats est tenue pour acquise. La presse anglophone a souvent évoqué un pays « paralysé» par la grève ». Si seulement... »

Les mots sont signés aujourd'hui du correspondant à Paris du quotidien britannique The Guardian. Qui s'empresse donc de nuancer : « En réalité, le mouvement (contre la réforme des retraites) a révélé certaines des limites du syndicalisme français. Si les sondages montrent que la majorité de l'opinion continue de s'opposer à la réforme, la participation aux manifestations a progressivement diminué. Et le taux de grévistes reste faible. »

Cole Stangler cite bien les mobilisations spectaculaires des enseignants, des dockers, des avocats voire du personnel de la Tour Eiffel. « Mais dans l'ensemble, les grèves se sont concentrées essentiellement à la SNCF et la RATP. »

Le privé n'a pas (ou peu) bougé

Certes, rien n'est encore fait. Le texte va être soumis au Parlement. Des débrayages sont encore à prévoir, et des manifs aussi. Cependant, insiste encore à raison le confrère britannique, « si les syndicalistes espéraient des débrayages massifs dans le secteur privé, ceux-ci n'ont tout simplement pas eu lieu. »

Pourquoi ? Hors le secteur public, les transports et ce qui reste de la base industrielle, les syndicats ont du mal à gagner des adhérents dans le secteur des services et les PME. « En d'autres termes, les salariés français bénéficient des acquis obtenus par les syndicats, mais peu les rejoignent et y adhèrent » souligne le confrère.

Faire de la pédagogie

Au bout du compte, quelle que soit l'issue de la mobilisation contre la réforme, le plus grand défi pour les syndicats sera de transformer leurs partisans passifs (qui ont fait grève par procuration) en adhérents et militants actifs.

Et Cole Stangler n'a pas d'autre recette que de conseiller à la CGT, à FO et aux autres de « consacrer du temps et de l'énergie au recrutement de membres en dehors des bases de soutien traditionnelles. » Car comme lui a confié Bruno Poncet de Sud Rail, « le pays a besoin d'une meilleure compréhension du rôle que les syndicats ont joué dans son histoire… »

« Après tout, une grande partie de l’État providence français est le produit de millions de travailleurs en grève » admet Cole Stangler.