Jordan (PCF) : « Pour ma génération, le capitalisme n’est plus l’avenir »

Jordan (PCF) : « Pour ma génération, le capitalisme n’est plus l’avenir »

Jordan,22 ans, étudiant, a rejoint le PCF à Montpellier

Jordan se bat pour que chaque enfant garde l’espoir de s’envoler

POURQUOI MILITEZ-VOUS ? Nouveau volet de notre série d'entretiens ou portraits consacrés à des militants politiques ou syndicaux. Parce que s'engager demeure toujours d'actualité... Jordan Homps, 22 ans, étudiant à Montpellier, futur prof de physique-chimie, vient de rejoindre le PCF. Citant volontiers Jaurès, il estime que « le monde n’a jamais eu autant besoin de la gauche ». Au quotidien, Jordan veut aussi apporter sa pierre à une école « inclusive pour tous ».
 

Vous êtes militant au Parti communiste. Depuis quand ? Quel a été le déclic ?

J’ai adhéré officiellement au PCF en septembre 2019, mais je suis politisé et militant depuis mes 18 ans. En fait, la politique m’a touché très jeune avec une mère conseillère municipale à Labruguière, dans le Tarn, ainsi que militante associative.

De plus je viens d’une famille de tradition soit communiste soit socialiste et comptant même quelques anarchistes.

On va dire que le quinquennat Hollande m’a marqué par sa brutalité et son manque d’ambition à gauche, mais je n’ai jamais supporté la ligne « social-libérale » Valls-Macron, car je me vois comme héritier d’une ligne jauressienne anticapitaliste plus proche des SFIO de 1905 ou de Blum avec le Front Populaire. C'est-à-dire un socialisme ouvrier donc. Dernièrement, la ligne que mène Olivier Faure avec l'idée de combats communs me fait espérer que le PS change profondément.

Reste que les dernières élections européennes m’ont fait prendre conscience d’un renouveau à notre gauche avec la figure de Ian Brossat et le changement à la tête du PCF avec Fabien Roussel.

Je trouve que tous les deux inspirent une dynamique importante avec un PCF qui s’affirme, impose, défend son histoire et n’est plus le supplétif de Jean-Luc Mélenchon, car jusqu’alors c’est l’image que j’avais...

Après, localement, j’ai fait la connaissance d’un jeune militant communiste sur la manif du 1er mai et cette rencontre m'a conduit à franchir le pas.

Le PCF n'a plus l'aura (et les scores) qu'il a pu connaître il y a peu encore. Comment esquisser, selon vous, un regain ou un rebond ? A moins que l'influence ne se mesure pas seulement aux résultats électoraux… Et est-ce encore, malgré le temps, l'héritage des années d'avant 70 quand le PCF était trop aligné sur le PC soviétique ?

Ce qui est perturbant c’est qu’en nombre de militants et de cotisations d’élus, le PCF est le premier parti de France ! Mais aujourd’hui ça ne suffit plus pour être devant… Cependant, c’est un atout indéniable, une connexion au réel qui induit une maîtrise des problématiques de terrain.

Je pense malheureusement que l’image d’un PCF soumis aux directives de l’URSS a toujours résonance parmi les citoyens qui votent le plus, c'est-à-dire les personnes âgées, mais par contre il faut observer de très près où vont les jeunes ! Or, le PCF en gagne chaque jours car ma génération a compris les différences entre le PCF 2019 et celui de 1970, et ma génération a aussi compris que le capitalisme n’est plus l’avenir…

Les thèses de Marx n'ont jamais été aussi vérifiables

C’est pour cela qu’elle investit le PCF, EELV, Génération-s ou encore FI : on veut de l’écologie ET du social. Même si malheureusement trop de jeunes ne votent pas ou ne se politisent pas par dégoût du monde politique qui n’est pas assez « moralisé ».

Puis, on ne va pas se mentir, les thèses marxiste sur l’analyse du Capital n’ont jamais été aussi véridiques et vérifiables, on le voit avec les économistes de plus en plus nombreux à contre-courant du dogme libéral que sont Thomas Porcher ou Thomas Piketty notamment.

Au fond, en 2019, quelles différences entre le PCF, le PS, la FI ou encore Génération-s voire le NPA ? Est-ce seulement ce qu'on appelle la différence entre la gauche de gouvernement et les autres mouvements ?

    C’est plus profond que cela je pense. Ce qui distingue les gauches c’est une différence de méthode : que ce soit de fonctionnement interne ou externe ou aussi d’approche.

    Pour avoir été dans deux familles originellement issues de la SFIO de Jaurès, elles fonctionnent totalement différemment mais ce sont des partis qui veulent vraiment gouverner et qui peuvent le faire car suffisamment ancrés dans les territoires et dans l’Histoire du pays. Car gouverner demande l’appui d’un parti fort, ce dont le PS (certes moins maintenant) et le PCF peuvent se prévaloir ! Je pense qu’il manque aux groupes politiques plus récents cet appui et cet ancrage même si beaucoup de membres de ces néo-organisations sont des dissidents du PC et du PS.

    Il y a une gauche borderline qui parle

    Jean Jaurès
    Pour Jordan aux origines tarnaises,
    le grand Jaurès demeure une référence

    « populisme » ce qui en soit ne signifie pas grand-chose : nous sommes tous l’écho du peuple et de sa volonté. Nous représentons juste des corps sociaux et des idéologies différentes donc d’intérêts différents même si la gauche se veut être la servante du « bien commun ». Et puis, il y a toujours eu cette gauche qui gueule beaucoup mais ne veut pas gouverner… L’anarchie a le même père que le socialisme, ce n’est pas pour rien !

    Le monde n'a jamais eu autant besoin de gauche

    Cela étant, aujourd’hui, l’enjeu écologique et social va imposer une ligne simple : le camp des capitalistes, productivistes, face au clan de la rupture écologiste et sociale !

    J'ajoute l’idée aussi de rompre avec la Ve république trop monarchiste dans l’exercice du pouvoir, la nécessité de repenser entièrement l’Europe en mettant fin aux traités libéraux qui affaiblissent les états… Bref les sujets de convergence unitaire viendront, je n’en doute pas une seconde ! Car le monde n’a jamais eu autant besoin de gauche !

    Justement ! On a beaucoup débattu de la nécessaire unité à mettre en œuvre à gauche tout en préservant les spécificités de chaque famille. On constate que c'est moins évident à mettre en œuvre sur le terrain, notamment en vue des municipales. Pourquoi ?

      Je réponds toujours à ça : Jaurès n’a pas rassemblé tous les socialistes en 1905 en un jour et il y avait beaucoup de types de socialismes déjà en ce temps-là ! C’est le contexte qui rassemble ! De toute manière aujourd’hui l’impératif est tel que le jeu partisan devient secondaire. Ceux qui jouent la carte du « moi » avant celle du « nous » en mourront. Les socialistes l’ont fait, ça devrait servir de leçon à tous les autres : il y a eu des avancées mais tant de renoncements, tant de capitulations face à l’ogre libéral… Alors qu'aujourd’hui on ne peut pas continuer à se distribuer des miettes et se taper dessus comme des gamins !

      L'ogre libéral et la bête immonde à ses pieds

      Je comprends l’attachement de certains : « Le parti, le parti, le parti ! »

      Oui, mais bon moi, ma famille, c’est la gauche. On a des particularités comme dans toutes les familles, on ne s’entend pas tous tout le temps mais notre ennemi est là, l’ogre libéral et la bête immonde à ses pieds !

      Je n’ai pas dit que ce sera facile mais c’est notre devoir. Comme le disait Jean Jaurès, « il ne faut avoir aucun regret pour le passé aucun remord pour le présent et une confiance inébranlable en l’avenir ! ».

      Un dernier mot sur votre parcours personnel ou sur un combat précis qui vous tient à cœur ?

        J’ai deux combats que je mène plus que les autres : l’éducation inclusive pour tous et la lutte pour l'égalité des droits des personnes LGBTQI+.

        Jordan se bat pour l'égalité des droits
        Jordan lutte pour une école républicaine résolument inclusive
        et assume pleinement son identité. Sur tous les plans.
         

        Ainsi, j’assume être un futur prof qui veut la fermeture de toutes les écoles privées, pour n’avoir qu’une école publique, la même pour tous, sans passe-droit, sans piston de papa comme j’assume être un gay fier de sa sexualité et de son identité !

        Mon rêve justement c’est que tout le monde ressente ça, et trouve sa voie grâce à l’école de la République !

        Je suis ce petit fils d’ouvrier à qui l’école a tout donné : pas sans mal, pas sans combat face au déterminisme social mais je veux que chaque enfant garde l’espoir de s’envoler !