Le plaidoyer de Gérard Fuchs (8) : « Oui à une force mondiale de Gauche »

Le plaidoyer de Gérard Fuchs (8) : « Oui à une force mondiale de Gauche »

Le monde du travail doit s'unir

Travailleurs et précaires doivent s'unir et être protégés

8e et dernier volet de notre entretien avec Gérard Fuchs. Ancien député socialiste, chercheur, il ne désespère pas de la gauche et voit dans la mondialisation aux effets pour l'heure dévastateurs un terreau pour la reconstruire. Après avoir évoqué l'histoire du PS, la nécessaire union des gauches et des Verts, le défi européen, Gérard Fuchs a listé des priorités pour l'action internationale. Il conclut en souhaitant la création d'un « Groupe de Pression Mondial », portant les valeurs humanistes de la Gauche.

Pour « dépasser » le capitalisme mondial, privé ou d’Etat, actuellement dominant et pour mettre en œuvre les différentes propositions essaimées dans mes textes précédents, la création d’un « Groupe de Pression Mondial », portant les valeurs humanistes de la Gauche, est évidemment indispensable. Un tel « GPM » ne peut être qu’une construction originale, dépassant les formes politiques existant au niveau des Etats, tout en les incluant car leur légitimité est le plus souvent indiscutable. Ma conviction est que l’utilisation d’internet et de ses dérivés peut permettre de concevoir et de créer les réseaux démocratiques indispensables : je ne vois pas pourquoi les citoyens du monde n’arriveraient pas à utiliser ces moyens pour faire prévaloir leurs objectifs, alors que les financiers les utilisent pour leur plus grand profit depuis des décennies !

Un nouveau programme commun

Le GPM dont je parle doit inclure et mettre en relation quatre types de forces déjà existantes : des partis politiques, des syndicats, les ONG organisées au niveau mondial, les « lanceurs d’alerte » et leurs soutiens.

gérard fuchs
Conseiller du président de la Fondation Jean Jaurès, Gérard Fuchs veut notamment donner plus de poids à l'organisation internationale du travail

Concernant les partis politiques de la gauche de gouvernement, une partie du chemin à parcourir l’est déjà : les formations nationales se retrouvent soit dans l’Internationale Socialiste (IS), soit dans l’Alliance Progressiste (AP), soit dans « Rencontre Internationale des partis communistes et ouvriers », les trois organisations descendant plus ou moins directement de l’Association Internationale Ouvrière créée à Londres en 1864.

Pour parler de ce que je connais bien, l’IS et l’AP, dont je pense qu’elles devraient fusionner, ont la même grande qualité : ce sont des lieux de rencontre exceptionnels des socialistes du monde ; elles ont aussi à mes yeux le même défaut : après avoir adopté et diffusé des communiqués très intéressants, chacun rentre chez soi jusqu’à la prochaine rencontre…

Un pas supplémentaire me parait alors indispensable : la définition d’un « programme commun » avec un nombre limité d’objectifs. Je citerai : une taxation minimale des bénéfices consolidés des Multinationales ; l’instauration d’une taxe carbone ; la mise à disposition gratuite pour les pays pauvres des brevets utiles à leur développement ; l’obligation pour les traités de libre-échange d’inclure le respect des normes de l’OIT.

Concernant les syndicats, ceux des pays démocratiques se retrouvent dans la Confédération Syndicale Internationale, présente dans plus de 150 pays et représentée dans l’Union Européenne par la Confédération Européenne des Syndicats. La Fédération Syndicale Mondiale rassemble les organisations qui se réclament encore du communisme.

Les décisions prises à Genève, siège de l’OIT, avec l’accord des syndicats, doivent être intégrées au programme commun évoqué ci-dessus.

Le rôle essentiel des lanceurs d'alerte

Concernant les ONG agissant au niveau mondial, je dirai que leur rôle est essentiel car c’est elles qui ont le contact direct et quotidien avec les pays pauvres, leurs paysans, leurs artisans, hommes, femmes et trop souvent enfants, qui forment le cœur numérique de ce que je n’hésiterai pas à appeler le prolétariat mondial ! J’ai côtoyé les plus grandes mais aussi beaucoup de toutes petites : leur appartenance au GPM est indispensable, les écouter et prendre contact avec elles dans ce but est essentiel !

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Syndicats, partis, ONG, institutions ou lanceurs d'alerte : les forces ne manquent pas pour inverser le cours de la mondialisation. A condition d'œuvrer dans une même direction...

Le rôle des « lanceurs d’alerte » me parait enfin incontournable dans le monde connecté d’aujourd’hui. J’ai beaucoup d’admiration pour les hommes et les femmes qui risquent leur emploi et parfois leur vie en rendant publiques des informations concernant des fraudes fiscales, l’emploi de substances interdites ou des conditions de travail abominables. Des lois nationales assurent parfois leur protection : la France peut s’enorgueillir d’avoir adopté un texte de cette nature en 2016 ; le Parlement Européen puis le Conseil de l’UE l’ont suivie en 2019. La généralisation de ces lois de protection doit être un autre objectif mondial du « GPM » que je souhaite.

Je n’aborderai pas ici la manière dont pourrait être institué ce GPM. L’obtention d’un large accord sur cet objectif de la part des forces de la Gauche française, européenne et, plus largement, des « progressistes » mondiaux serait déjà un pas fantastique en réponse à la mondialisation financière !

Arracher son pouvoir à une minorité prédatrice

Je ne suis pas un spécialiste des nouvelles technologies. Je suis un militant socialiste de longue date, qui a approché à peu près toutes les misères du monde, et qui a fait sienne la devise : « Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». La plupart des propositions sociales faites dans le passé par la Gauche de mon pays n’ont-elles pas été, au départ, dénoncées par les puissants de l’époque comme des utopies ? J’espère qu’existera un jour un « Mouvement Planétaire pour le Respect de la Dignité Humaine » et que les terriens se demanderont alors à quoi pouvait ressembler le Monde d’avant…

Je remercie enfin le Site des Gauches de m’avoir permis de présenter librement les objectifs et les stratégies que je crois nécessaires pour changer les rapports de force d’aujourd’hui. Quel que soit le nom finalement donné au GPM, je pense qu’un outil de ce type est indispensable pour arracher son pouvoir à la minorité prédatrice qui gouverne le monde d’aujourd’hui, engendre par milliards des laissés pour compte et conduit à la désertification de notre planète.

 

Pour retrouver les premiers volets de l'entretien

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 6

Partie 7

 

Ancien parlementaire (à l'Assemblée nationale et au parlement européen), diplômé de Polytechnique, Gérard Fuchs a été chercheur au CNRS en physique d'abord, en économie ensuite (après tout, dans ces deux domaines, tout est question de rapport de force comme de juste équilibre), et il fut par ailleurs un haut dirigeant du Parti socialiste auquel il adhéra dès 1974 (membre du Comité Directeur puis du Bureau exécutif, Secrétaire international de 1988 à 1995).livre fuchs

Mais Gérard Fuchs présida également l'Office National d'Immigration et plus récemment, ce grand voyageur occupa la fonction de Responsable International de la Fondation Jean Jaurès (2006-2015). Il y a toujours en charge le secteur de l'Asie.

Il a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels : Ils resteront, le défi de l'immigration (Syros, 1987), L'Europe contre la mondialisation (L'Harmattan, 1996) et plus récemment, Mondialiser la gauche (L'Harmattan, 2017).

 Dans ce dernier livre, Gérard Fuchs constate qu'il existe un autre choix que d'accepter ou de refuser la mondialisation actuelle : celui d'en infléchir le cours en obtenant l'introduction de règles mondiales choisies sur la base de deux critères, leur capacité à assurer la survie de la planète et davantage de justice dans la répartition des richesses.


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