Le plaidoyer de Gérard Fuchs (5) : « Le rôle clé des institutions internationales »

Le plaidoyer de Gérard Fuchs (5) : « Le rôle clé des institutions internationales »

L'ONU a son mot à dire

L'ONU et consorts ont un rôle clé à jouer

Volet n°5 de notre entretien avec Gérard Fuchs. Ancien député socialiste, chercheur, il ne désespère pas de la gauche et mieux : il voit dans la mondialisation aux effets pour l'heure dévastateurs un terreau pour la reconstruire. Après avoir évoqué l'histoire du PS et sa délicate confrontation aux réalités de l'économie du XXIe siècle, la nécessaire union des gauches et des Verts, le défi européen, Gérard Fuchs a listé « quelques priorités pour l'action internationale ». Dans cette optique, il juge l'ONU et les institutions internationales à même d'agir positivement si le G20 donne le la.

Un extra-terrestre qui découvrirait notre Terre en lisant les documents fondateurs de ses institutions internationales, pourrait à juste titre se dire que ses habitants vivent sur une planète heureuse : une Organisation des Nations Unies pour faire régner la paix sur la base des belles valeurs contenues dans sa Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; des organismes spécialisés pour s’occuper de l’alimentation, de l’environnement, de la culture, des droits des travailleurs, des règles du commerce…

Gérard Fuchs pense que le G20 et l'ONU doivent recouvrer tous leurs pouvoirs... Photo Fondation Jean Jaurès
Les institutions internationales peuvent être des points d’appui pour la Gauche française et tous ceux qui se battent contre la mondialisation libérale estime Gérard Fuchs. Photo Fondation Jean Jaurès

Tout cela est en effet très beau. Mais c’est pour l’instant largement un rêve ! La vie internationale est comme la vie nationale : il y a les textes et il y a leur interprétation, fonction des rapports de force entre des acteurs aux intérêts et aux valeurs divergents.

Pour autant, je pense que les institutions internationales peuvent être des points d’appui pour la Gauche française, ses homologues des autres pays, et tous ceux qui se battent contre la mondialisation libérale ; des points d’appui également pour la mise en œuvre des priorités que j’ai précédemment évoquées dans les premières parties de cet entretien, voire d’autres (plus longuement explicitées dans « Mondialiser la Gauche », aux Editions L’Harmattan).

Et si le G20 n'était pas vain ?

Première priorité : l’instauration d’une taxation minimale des bénéfices des sociétés multinationales. J’ai expliqué brièvement dans la 4e partie de cet entretien le fonctionnement type qui permettait aux FMN de localiser dans des paradis fiscaux l’essentiel de leurs bénéfices. Cette pratique dure depuis des décennies mais elle commence aujourd’hui à être connue du grand public et à être dénoncée. Même aux USA, d’où les FMN sont très souvent originaires, le fait qu’elles puissent financer sans limite les dépenses non plafonnées des campagnes électorales commence enfin à faire scandale ! Faut-il ajouter que l’indignation est plus grande chez les démocrates que chez les républicains ?

Quelle instance internationale peut alors intervenir avec crédibilité pour obliger les FMN à payer un impôt minimum sur leurs bénéfices, disons de 20% ? Au risque de surprendre, ma proposition ne porte sur aucune des institutions mentionnées ci-dessus mais sur le G20, le groupe des 20 pays les plus riches du monde. Ce choix a trois motivations : la plupart des FMN ont leur siège dans l’un de ces pays, la plupart de ces pays ont en ce moment besoin d’argent du fait de déficits budgétaires croissants, leurs citoyens sont de plus en plus motivés pour exercer les pressions nécessaires à l’obtention de l’objectif proposé ! 

Traités avec le Brésil et le Canada : de tristes contre-exemples !

Deuxième priorité : l’obligation pour tout traité commercial à venir de respecter les Droits de l’Homme, des normes minimum de Droit du travail (notamment le droit de créer un syndicat) ainsi que les objectifs centraux de la lutte contre le réchauffement climatique. L’actualité illustre de façon intéressante cette priorité. Notre parlement français est actuellement saisi de la dernière étape de ratification de deux Traités caricaturaux. Le premier inclut le Brésil, un pays qui est en train de détruire à un rythme accéléré les forêts primitives de l’Amazonie, en déportant qui plus est les populations qui y vivent ! Le second concerne le Canada : il s’agit d’un Traité plutôt agricole qui n’offre aucune garantie quant à la nature des produits employés pour engraisser le bétail ou faire pousser les récoltes !

Il faut encadrer les traités commerciaux
Des normes environnementales strictes doivent être imposées dans les traités commerciaux

J’attends de nos parlementaires qu’ils sollicitent les points de vue des Nations Unies, de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), avant d’émettre le vote éclairé qui pourrait rester dans l’histoire !

La culture n'est pas un luxe

Troisième priorité : elle concerne la culture qui, comme le travail, ne doit pas être considérée comme une marchandise ! La Gauche a toujours fait de la culture une de ses priorités. La promouvoir dans le monde ouvrier était une façon de rappeler que celui-ci n’était pas seulement une force de travail mais qu’il était composé d’hommes et de femmes également sensibles et créatifs ! Cependant certains domaines de la culture, notamment le cinéma et la musique, ont aussi une dimension financière et commerciale mondiale considérable. Une question à la fois très simple et très délicate se pose alors. Comment créer une « culture mondiale » qui facilite la communication et la compréhension entre tous, tout en empêchant que cette culture soit celle d’un très petit nombre de puissances économiquement dominantes, et en faisant en sorte de préserver et de faire vivre les cultures nationales et locales fondatrices des identités de chacun ?

L'accès de tous à la culture. Et si le rêve prenait corps ?
La culture : et si tous y avaient accès, enfin, de par le monde ?

Subordonner les décisions de l’OMC traitant des questions culturelles à un agrément de l’UNESCO, apparaît sans doute aujourd’hui comme un rêve. Mais l’histoire de l’Humanité nous montre que celle-ci est parfois capable de concrétiser des rêves plutôt que de laisser se réaliser des cauchemars : il existe aujourd’hui des accords de désarmement, nucléaire et biologique, toujours menacés mais toujours présents…

Pour retrouver les premiers volets de l'entretien

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Ancien parlementaire (à l'Assemblée nationale et au parlement européen), diplômé de Polytechnique, Gérard Fuchs a été chercheur au CNRS en physique d'abord, en économie ensuite (après tout, dans ces deux domaines, tout est question de rapport de force comme de juste équilibre), et il fut par ailleurs un haut dirigeant du Parti socialiste auquel il adhéra dès 1974 (membre du Comité Directeur puis du Bureau exécutif, Secrétaire international de 1988 à 1995).

Mais Gérard Fuchs présida également l'Office National d'Immigration et plus récemment, ce grand voyageur occupa la fonction de Responsable International de la Fondation Jean Jaurès (2006-2015). Il y a toujours en charge le secteur de l'Asie.

Il a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels : Ils resteront, le défi de l'immigration (Syros, 1987), L'Europe contre la mondialisation (L'Harmattan, 1996) et plus récemment, Mondialiser la gauche (L'Harmattan, 2017).livre Fuchs

 Dans ce dernier livre, Gérard Fuchs constate qu'il existe un autre choix que d'accepter ou de refuser la mondialisation actuelle : celui d'en infléchir le cours en obtenant l'introduction de règles mondiales choisies sur la base de deux critères, leur capacité à assurer la survie de la planète et davantage de justice dans la répartition des richesses.

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