Le plaidoyer de Gérard Fuchs (2)

Le plaidoyer de Gérard Fuchs (2)

Gérard Fuchs appelle à une union entre socialistes et écologistes

Il faut un front uni entre gauche et écologistes

Deuxième volet de notre entretien avec Gérard Fuchs. Ancien député socialiste, chercheur, il ne désespère pas de la gauche et mieux : il voit dans la mondialisation aux effets pour l'heure dévastateurs un terreau pour la reconstruire. Avant d'aborder les défis à relever au plan mondial, Gérard Fuchs dresse un état des lieux de la gauche en France après le séisme de 2017 et avant les échéances municipales de mars 2020. Au plan national, il plaide pour une alliance durable entre la Gauche et les Verts...

Vous avez publié  « Mondialiser la Gauche » au lendemain des élections de 2017 qui furent catastrophiques pour la gauche en général et le PS en particulier. Deux ans et quelque plus tard, les Européennes ont confirmé que très éclatée, à l'exception des Verts que ce scrutin a toujours favorisés, la gauche ne peut espérer gagner en crédibilité (et a fortiori gagner tout court)... Cependant, dans nombre de villes, à l'approche des municipales, des listes d'union (rassemblant parfois toutes les composantes, le plus souvent cependant FI ou Verts faisant pour l'heure liste à part) ont pu être formées. Est-ce, selon vous, un premier signe positif porteur d'espoir ?


Les grands traumatismes peuvent se terminer par la mort. Mais si l’on survit, on se trouve nanti d’une force nouvelle et on peut connaître un nouveau départ.

Gérard Fuchs
Comme d'autres, Gérard Fuchs était optimiste en 2012 et puis... Photo : Fondation Jean Jaurès

Je vais évoquer la période 2012-2018. Je ne citerai aucun nom. Mon objectif n’est pas de juger : je souhaite, comme beaucoup, contribuer à un nouveau départ de la Gauche et ne m’intéresse qu’aux conditions de sa renaissance.

Un bon début et puis...

La fin de la campagne présidentielle de 2012 s’est déroulée avec une véritable dynamique. Je pense qu’une une petite phrase, très courte mais au lourd contenu, a catalysé les convergences. Je l’ai goûtée avec délice : « Notre adversaire, c’est la finance ! » !Enfin, les leaders de la Gauche ont tiré les leçons de 1981. Ils ont compris que dans le monde engendré par internet et la libre circulation des biens et des capitaux, le pouvoir était en train de passer des responsables politiques aux dirigeants des grandes sociétés multinationales. Ils ont compris qu’il fallait mettre fin à cette évolution si l’on voulait un monde plus juste, favorisant l’épanouissement de chacun.

L’un des premiers actes du nouveau gouvernement est d’introduire la notion de pénibilité du travail dans le Droit social. Je suis ravi : quand on part à la guerre, la première préoccupation des chefs doit être de faire savoir à ceux qui vont se battre qu’on ne les oublie pas, la première préoccupation des responsables de la Gauche doit être de dire à sa base qu’on ne l’oublie pas.

Il appartient aux historiens d’expliquer ce qui s’est passé ensuite et pourquoi. En ce qui me concerne, je vis alors à l’étranger, et ma seule intervention dans la période sera pour faire savoir au Premier Secrétaire du PS que si le projet de Déchéance de Nationalité allait à son terme, je renverrais ma carte du parti. Le résultat des Présidentielles de 2017 est connu alors même que son bénéficiaire l’est encore très peu : on découvrira sa personnalité au fil de ses petites phrases, qu’il s’agisse du passionné d’horticulture au chômage qui est invité à faire des vaisselles, ou de la militante d’Attac bousculée par la police qui n’avait plus l’âge de manifester !

Instinct de survie

La Gauche et les écologistes sortent meurtris de cette étape. Pour autant, « les gauches » n’en tirent aucune leçon : pour les élections européennes, le fractionnement s’accroît et le désastre avec lui. Le Parti Socialiste a des élus de justesse, peut-être parce qu’il a essayé de rassembler.

Privatisation aéroport
La décision de coopérer pour rassembler les signatures nécessaires au blocage de la privatisation d’Aéroport de Paris a fait renaître une certaine fraternité

Mais cette fois, le traumatisme ranime l’instinct de survie. Médiapart arrive à organiser une Table Ronde où tout le monde est présent. La fête de l’Huma en organise une autre qui me rassure : les échanges sont parfois vifs mais ils portent sur l’avenir. Surtout, surtout, apparaît la volonté d’organiser des actions communes : la décision de coopérer pour rassembler les signatures nécessaires au blocage de la privatisation d’Aéroport de Paris, fait renaître une certaine fraternité. D’accord, tout le monde ne prend pas l’avion ; mais tout le monde comprend que c’est la privatisation de ce qui reste de nos services publics qui est en jeu, ces services qui sont un élément essentiel de la solidarité nationale. 

Les élections municipales de mars prochain sont une autre occasion de retrouver l’habitude du travail en commun : je terminerai avec trois remarques les concernant.

La première est que les candidats du « nouveau monde » semblent avoir découvert très rapidement certaines pratiques pas toujours glorieuses de l’ancien. Les situations où plusieurs candidats LREM se battent entre eux pour être tête de liste, tout en disant qu’ils ne se retireront en aucun cas, commencent à fleurir, y compris à Paris, à Lyon, voire à Marseille : cela peut créer des situations intéressantes.

Travailler ensemble

La deuxième remarque est que là où des habitudes de listes d’Union de la Gauche étaient bien établies, celles -ci semblent être en général reconduites. Je n’ignore pas en disant cela qu’il existe des sortants socialistes qui se sont convertis au « macronisme » et que cela crée ici ou là des situations compliquées. Mais l’exemple de Montauban, où se forme une coalition des gauches pour reprendre une ville perdue, se retrouve aujourd’hui dans de nombreuses villes moyennes.

Ma remarque la plus importante concerne les relations avec certains « verts ». Il est des militants de ce côté qui, considérant que la question du changement climatique est la seule importante car c’est le maintien de la vie sur notre planète qui est en question, sont prêts à accepter n’importe quelle alliance. Cette vision me parait dangereuse, bien au-delà des municipales : si l’on veut que la lutte contre le changement climatique soit soutenue par une large majorité, il faut accepter aussi la réalité : quand on a du mal à boucler ses fins de mois voire, dans les régions les plus déshéritées du tiers monde, à trouver de quoi manger pour la semaine, on ne s’intéresse pas prioritairement à la planète. Le combat des Verts et celui de la Gauche ne sauraient être séparés, une alliance durable doit être établie entre eux. J’aime à résumer cette stratégie par le détournement d’une phrase célèbre : « Socialistes et écologistes de tous les pays, unissez-vous ! »

Le premier volet de cet entretien à retrouver ICI

Ancien parlementaire (à l'Assemblée nationale et au parlement européen), diplômé de Polytechnique, Gérard Fuchs a été chercheur au CNRS en physique d'abord, en économie ensuite (après tout, dans ces deux domaines, tout est question de rapport de force comme de juste équilibre), et il fut par ailleurs un haut dirigeant du Parti socialiste auquel il adhéra dès 1974 (membre du Comité Directeur puis du Bureau exécutif, Secrétaire international de 1988 à 1995).

Mais Gérard Fuchs présida également l'Office National d'Immigration et plus récemment, ce grand voyageur occupa la fonction de Responsable International de la Fondation Jean Jaurès (2006-2015). Il y a toujours en charge le secteur de l'Asie.Le dernier livre de Gérard Fuchs

Il a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels : Ils resteront, le défi de l'immigration (Syros, 1987), L'Europe contre la mondialisation (L'Harmattan, 1996) et plus récemment, Mondialiser la gauche (L'Harmattan, 2017). Dans ce dernier livre, Gérard Fuchs constate qu'il existe un autre choix que d'accepter ou de refuser la mondialisation actuelle : celui d'en infléchir le cours en obtenant l'introduction de règles mondiales choisies sur la base de deux critères, leur capacité à assurer la survie de la planète et davantage de justice dans la répartition des richesses.

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