Le plaidoyer de Cantona

Le plaidoyer de Cantona

Eric Cantona appelle ses pairs à s'engager

"Canto" dénonce le terrorisme économique et appelle les footballeurs à s'engager

L'enfant terrible du football français n'a rien perdu de sa verve. Disant craindre un remake de la crise 1929 qui a abouti à la Seconde guerre, dénonçant une forme de terrorisme économique, il appelle ses collègues d'aujourd'hui (et d'hier) à s'engager…

On le savait devenu acteur. Et engagé. Il y a quelques années, Eric Cantona n'avait pas hésité par exemple à initier une campagne pour inciter la population à retirer ses liquidités pour faire plier les banques.

A 53 ans, l'ancienne vedette de Manchester et enfant terrible du foot bleu blanc rouge conserve le sens de la formule et la volonté de participer, à sa façon, à la lutte contre un système qui part en vrille.

Une photo de Capa

Dans un entretien au Guardian, ce 19 novembre, « Canto » évoque longtemps son histoire familiale – ayant retrouvé une photo signée Robert Capa de son grand-père fuyant l'Espagne de Franco –. Il parle de sa famille, donc, et aussi de son épouse. « Nous avons la chance d’avoir des cultures différentes, de parler aux gens, de voyager, de respecter leur culture. Le problème, c’est que l’on s’éloigne de ce genre de positionnement. Le monde d'aujourd'hui, c'est la montée des nationalismes et des programme anti-immigration... »

Puis, questionné par notre confrère britannique, il enchaîne sur l'actualité.

A quel titre cependant ? Qui est-il, Eric Cantona, en cet automne 2019 ? Un ex-footballeur, un acteur, un artiste, un philanthrope, un militant? « Je suis un être humain », répond-il. « Avec ses paradoxes et ses contradictions. »

La crainte que l'histoire se répète

Il dénonce ce que sont devenues les grandes démocraties qui portent désormais une forme de terrorisme économique. Et fait référence au passé : « Il semble que nous n'utilisions pas l'histoire pour mieux comprendre aujourd'hui. En 1929, il y a eu la crise, puis l'Italie et l'Allemagne, et la guerre. Il semble que l'on assiste à une répétition. »

Le journaliste du Guardian lui demande s'il craint une guerre ? « Quand on voit ce qui se passe dans le monde, comment l'extrême droite s'est développée... J'espère que non, mais dans certains pays, c'est déjà comme ça. C'est la même histoire qui recommence mais on s'en fiche.A croire qu'on aime ça. Mettez le compteur à zéro, recommencez... »

Alors Cantona en appelle à des figures populaires qui ont quelque influence : ses collègues footballeurs d'aujourd'hui… Même s'il note qu'au Brésil, des joueurs soutiennent l'extrême-droite.

Cela étant, il espère que majoritairement, les footballeurs ne soient pas seulement des sportifs auxquels on demande de bien jouer. « Il est important qu'ils gardent un œil sur la société, sur ce qui se passe autour d'eux. Le football est notre passion depuis que nous sommes enfants, un rêve et certains en ont peut-être un autre. Mais beaucoup de footballeurs sont curieux. Je ne pense pas que leur silence éventuel soit dû à un manque d'intelligence. D'ailleurs, pour jouer au plus haut niveau, vous devez avoir un type d'intelligence, qui n'est pas moins importante que celle d'un philosophe. »

L'exemple de Juan Mata

Ensuite, il donne en exemple Common Goal, une ONG initiée par le footballeur espagnol Juan Mata. « A Carthagène en Colombie je suis allé, une région très pauvre, où vivent des personnes déplacées par les Farc, il n'y a pas de maisons mais ils ont créé un terrain de football parce qu'ils aiment le football. Pour jouer, (les jeunes) devaient aller à l’école et travailler. Peut-être qu’aucun d’entre eux ne deviendra professionnel mais ils auront été à l’école - et cela les aidera toute leur vie. »

Alors de conclure par ce plaidoyer, s'adressant à ses pairs : « Parce que tout le monde aime le football, vous pouvez faire toutes sortes de choses. Regardez autour de vous…. »

De Charleville à Paris

Cela étant, Canto est prudent. « S'ils veulent se concentrer sur leur jeu, pas de problème. Mais c'est de l'ignorance et c'est dommage car les joueurs viennent de ce genre de régions (ou milieux précaires) et certains l'oublient. Nous devons leur faire comprendre. Certes, qui sommes-nous pour dire que nous avons raison et qu'ils ont tort ? Je pense avoir raison, mais... »

Pour être juste, ajoutons que certains de ses ex-collègues montent au front en France aussi. Dimanche dernier à Charleville (Ardennes), des anciens pros du Variétés ont participé à un match de gala et à des ateliers avec des jeunes de la ville sur la thématique de la lutte contre les discriminations, et en particulier de l'homophobie.

Et dans un autre registre, l'ex-milieu de terrain Vikash Dhorasoo a déclaré être candidat sur une liste LFI à Paris.

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Photo Ardfern sous licence creative commons