Eléments pour un projet socialiste d'après crise

Eléments pour un projet socialiste d'après crise

Des pistes pour un nouveau monde

Pour que le monde d'après ne soit pas celui qui a engendré cette crise

Une tribune de Gérard Fuchs. Chercheur, ancien député, l'économiste propose des pistes concrètes pour dessiner un avenir préservant l'humain et la planète. Des idées que peut et doit porter le Parti socialiste. Et la gauche en général.

Notre pays, la France, et beaucoup d’autres pays avec elle, traversent depuis plusieurs mois une crise sanitaire qui met en question nos habitudes, notre organisation, l’espérance de vie d’un nombre aujourd’hui imprévisible de personnes partout dans le monde.

Cette crise nous oblige à revoir nos fonctionnements individuels et collectifs. Elle doit être gérée avec le souci essentiel de préserver les valeurs qui fondent notre République :

  • la liberté, sachant que la liberté de chacun doit s’arrêter là où la liberté des autres est menacée ;

  • l’égalité, égalité des droits mais aussi égalité des chances ;

  • la fraternité, faisant en sorte que personne ne soit laissé au bord du chemin.

Beaucoup sera sans doute à dire sur les décisions récentes qui ont donné à cette crise l’importance que nous lui connaissons. Mais nous pouvons dès aujourd’hui analyser ses causes profondes et proposer les changements qui doivent être introduits, dans nos règles nationales mais aussi dans les règles (ou absences de règles) européennes et mondiales, afin d’éviter le retour voire l’aggravation des situations actuelles.

Un premier constat qui doit être fait est que les décisions qui ont été prises ces dernières décennies par les pays démocratiques ont été des décisions à courte vue : décisions fondées sur l’objectif de maximisation des profits à court terme pour les entreprises, décisions fondées sur le souci du renouvellement de leur mandat pour trop de responsables politiques dans le monde.

L’objectif de maximisation du profit à court terme a conduit, compte tenu des progrès technologiques de la période, à trois résultats désastreux :

  • un chômage de masse résultant du transfert dans les pays à bas salaires de tous les emplois délocalisables, le rapatriement des productions se faisant par des porte-containers de plus en plus gigantesques ou des avions aux capacité croissantes ;

  • la dégradation de notre environnement proche, les pollutions de l’air et de l’eau non potable, ces deux biens n’ayant pas de valeur marchande ;

  • le mépris des équilibres de notre (unique) planète et des risques causés par l’importance croissante des émissions de gaz à effet de serre, une déforestation non contrôlée, la disparition d’espèces indispensables au maintien des chaînes de vie, y compris la nôtre.

    C'est désormais vital : l'économie mondialisée doit être enfin sérieusement régularisée !
    C'est désormais vital : l'économie mondialisée doit être sérieusement régularisée !

     

Un deuxième constat est que la mondialisation des échanges de biens, de la circulation des personnes, du mouvement des capitaux, a été établie le plus souvent sans définition de règles et, lorsque celles-ci existent, sans moyens ou volonté de les faire respecter.

Cette absence ou insuffisance de régulation se retrouve dans tous les domaines :

  • les grands traités commerciaux comportent des baisses de taxes douanières qui ne sont accompagnées d’aucune condition suspensive liée au respect de règles sociales ou environnementales ;

  • les règles de circulation des travailleurs sont souvent non respectées, y compris au sein de l’union Européenne, car trop d’entreprises peuvent gagner à conserver les obligations sociales ou salariales des pays d’origine ;

  • le libre mouvement des capitaux a pour effet la multiplication de paradis fiscaux qui privent les Etats de recettes qui seraient utiles à un meilleur fonctionnement de services publics comme l’éducation et la santé.

Un troisième constat, conséquence des précédents, est que les inégalités de richesses, de revenus, d’accès aux soins et à l’éducation, n’ont jamais été aussi considérables. Les 1% les plus riches possèdent par exemple 80% de la richesse mondiale !

Les soi-disant guerres de religion qui se multiplient dans le monde, au Sahel, au Moyen Orient ou en Asie, ne doivent pas conduire à des conclusions fausses : elles peuvent avoir ces apparences mais ceux qui les ont côtoyées d’un peu près savent bien que les prédicateurs ne sont pas responsables de tout et que c’est une misère sans espoir qui décide l’essentiel des engagés !

Chez nous, le mouvement des « gilets jaunes » a été lancé par des hommes et des femmes payés au SMIC voire en dessous, qui n’auraient jamais dû être assujettis à la taxe carbone prévue pour s’appliquer au carburant de leur voiture, voiture indispensable pour aller au travail !

Dans ces conditions, les propositions pour l’avenir, celles des socialistes mais aussi, plus largement, de toute la Gauche de notre pays, y compris les écologistes qui savent bien que ce n’est pas la recherche du profit qui permettra de sauver notre planète, ces propositions sont essentielles. Celles de ce document ont été classées dans sept catégories.

I. Annuler les mesures antisociales de Macron

Trois propositions, parmi les plus symboliques, seront mentionnées ici : on pourra toujours en rajouter d’autres le moment venu !

  1. Taxer les revenus du capital comme les revenus du travail, rétablir l’ISF d’origine :

Les deux premières mesures prises par Macron, dans une grande discrétion pour la première, ont été de récompenser les chefs d’entreprise qui l’ont conduit au pouvoir. La méthode a été, d’une part, de retirer les revenus financiers de l’assiette de l’impôt sur le revenu et de créer pour eux un impôt spécial, dit « flat tax » au taux unique de 12,8% (hors cotisations sociales) : ainsi les revenus financiers se trouvent aujourd’hui taxés au taux de 12,8% quel que soit le montant des autres revenus, alors que les revenus du travail font l’objet d’une taxation progressive allant jusqu’à 45% ; d’autre part les avoirs financiers ont été retirés de l’assiette de l’ISF !

La « flat tax », bien camouflée par l’appel à une autre langue, sera abolie ; l’assiette de l’ISF d’origine sera rétablie.

le poids de l'argent
Il est temps que l'humain pèse davantage que le seul profit

 

  1. Rouvrir la discussion sur la pénibilité du travail :

Parler d’égalité de traitement lorsqu’on parle d’un âge unique pour le départ à la retraite est simplement scandaleux : cela dénote une ignorance incroyable de ce que peut être la pénibilité physique du travail (transport de charges, bruits, manipulation de produits nocifs ou dangereux,), sa pénibilité mentale (activités répétitives,…), voire ses dangers (bâtiment, transports…).

La loi Macron sur les retraites si, elle est adoptée avant la fin de son mandat, sera déclarée caduque et renégociée avec une attention particulière à cette question.

  1. Recréer les emplois aidés :

Les emplois aidés sont une réalisation de la Gauche (Les « emplois jeunes » datent de 1997). Ils visent à insérer dans le monde du travail des jeunes à la recherche d’un premier emploi, ou des moins jeunes déconsidérés par un trop long chômage. Les principaux « usagers » sont des associations à but social ou des collectivités locales : des employeurs n’ayant pas toujours les moyens de payer des salaires avec leurs charges. Ces emplois aidés ont permis, du côté des employeurs de créer des activités utiles à la société, du côté des bénéficiaires, dotés d’un CV récent, d’accéder ensuite à des emplois plus classiques. La Droite a supprimé les emplois aidés par idéologie, la Gauche les rétablira dans l’intérêt de tous.

II. Prévoir et éviter crises

Gouverner c’est prévoir : Quatre crises majeures ont secoué l’Humanité dans les cinquante dernières années : la crise pétrolière de 1970-1973, qui a mis fin à la domination des puissances du Nord sur les pays producteurs ; la crise technologique découlant de l’introduction de la robotisation puis d’internet, qui a généré chômage de masse au Nord et délocalisations créatrices d’emplois au Sud, mais dans des conditions de travail trop souvent inadmissibles; la crise financière de 2008-2009, qui a failli déboucher sur un krach de la finance mondiale, avec ses conséquences sur l’activité et l’emploi ; enfin, la crise du corona virus en cette année 2020, dont les conséquences en nombres de morts et récession économique ne peuvent encore être imaginés, chez nous et surtout dans les pays pauvres.

Ces quatre crises ont un point commun : personne ou presque ne les a vu venir ! Avec le recul pourtant, aucun des événements ci-dessus n’était véritablement imprévisible. Les limites de l’économie de marché avaient été soulignées par beaucoup et depuis longtemps. Mais elle permettait l’enrichissement des dirigeants des plus grandes entreprises, souvent multinationales et maîtrisant les média diffuseurs de l’information ; et, après tout, les périodes d’enrichissement demeuraient bien plus longues que les périodes de crise !

Mais aujourd’hui, l’heure du grand changement est arrivée. D’abord parce que la crise que nous traversons met en cause non pas seulement des millions de dollars mais peut être des millions de vies. Ensuite parce qu’une cinquième crise est annoncée, qui prévoit non plus un krach de telle ou telle nature, mais un réchauffement climatique qui, sans changement de cap, mettrait fin à toute vie sur notre planète !

Une crise annoncée ? Il est donc possible de prévoir ?

  1. Créer des organismes de prévision et de planification :

La France, s’est longtemps glorifiée de son « Commissariat Général au Plan », créé en 1945 pour organiser la reconstruction du pays et qui a rempli son mandat en un temps record. Mais notre pays a fini par se donner lui aussi à la pure économie de marché, à laquelle les économistes libéraux prêtaient encore toutes les vertus ! Et la mort clinique du CGP a été actée en 2006 !

crise covid
Anticiper et prévenir les crises, financières ou sanitaires, c'est possible !

La création, dans le cadre des Nations Unies, d’un groupe de spécialistes du climat, l’« International Crisis Group », rassemblant les meilleurs experts mondiaux dans un nombre croissant de domaines, a permis de donner l’alerte : si rien n’est décidé pour mettre fin au développement industriel qui pollue notre planète depuis un siècle, toute vie disparaîtra d’ici quelque dizaines d’années !

Recréer en France un Commissariat au Plan (CP), créer en Europe et dans le monde, des organismes de même nature réunissant les meilleurs experts, organisant le dialogue avec les responsables syndicaux et les dirigeants politiques, proposant des décisions aux organismes démocratiques des entités concernées : là doit se trouver un objectif majeur d’un gouvernement de Gauche dans notre pays.

III. Développer l'égalité des chances tout au long de la vie

Autant que le Droit à l’égalité, ce sont les conditions d’accès à ce Droit qui posent aujourd’hui problème.

  1. Systématiser le tutorat scolaire à l’école : 

L’instauration de l’obligation scolaire, par la Gauche de la 3ème République, a permis une avancée considérable vers l’égalité des chances en créant un « ascenseur social ». Peu à peu cependant cet ascenseur s’est bloqué, conduisant au retour de la « reproduction sociale ». La première source d’inégalité des chances concerne aujourd’hui les enfants scolarisés : elle provient des différences de niveau culturel de leurs parents, qui peuvent plus ou moins les aider à la maison.

L'école
L'école, une priorité absolue

Généraliser la mise en place d’un tutorat : l’appel à ce tutorat doit être une initiative des enseignants, pour un nombre d’élèves fonction des caractéristiques de chaque établissement. Elle doit être accompagnée de sorties culturelles pour tous : musées, spectacles, etc…

  1. Mettre en œuvre l’égalité des droits entre les hommes et les femmes :

Celle-ci est aujourd’hui un principe reconnu dans tous les pays d’Europe. L’écart avec la réalité demeure à combler : Il suffit en général de quelques minutes de discussion pour faire apparaître en surface les inégalités pratiques qui demeurent, que ce soit dans la vie familiale, la vie de travail ou la vie publique. Quatre domaines d’action seront priorisés :

- L’organisation de la mixité dans toutes les activités scolaires ou périscolaires.

- Le respect imposé par la loi et contrôlé par les syndicats de l’obligation de l’égalité des salaires hommes-femmes à responsabilité égale.

- L’instauration et le contrôle de taux de participation minimum de chaque sexe dans les organismes collectifs de décision, qu’ils soient publics ou privés.

- L’obligation d’enregistrement par les services de gendarmerie ou de police de tout dépôt de plainte concernant des violences physiques ; l’obligation de leur suivi.

  1. Réduire les inégalités géographiques :

Les inégalités d’accès ne sont pas tolérées pour l’éducation nationale : des règles existent, qui n’évitent pas toujours les conflits avec les collectivités locales mais se terminent en général après accord sur les nombres prévisibles d’enfants.

Il doit en aller de même en ce qui concerne les autres services publics locaux : police ou gendarmerie, hôpitaux, administrations, transports, etc… L’Etat doit doter les ministères ou les collectivités locales des ressources nécessaires correspondant au maillage géographique défini par le Plan en vigueur.
 

IV. Politiques de l'emploi, revenus minimum

Une politique efficace en faveur de l’emploi doit d’abord éviter la répétition des crises d’autrefois, en choisissant des actions intégrant les analyses des organismes de prévision évoqués plus haut. Elle doit aussi bien sur tenir compte des spécificités de la crise d’aujourd’hui et des engagements internationaux pris pour la lutte contre le réchauffement climatique.

  1. Détecter les technologies en voie de disparition, en conséquence connaître les emplois menacés, si possible savoir quel sera leur rythme de suppression.

Ce travail doit être conduit de façon continue au sein du Commissariat au Plan.

Des propositions de formation doivent être faites, qui permettent si possible des reclassements intérieurs aux entreprises concernées, sinon de trouver des orientations nouvelles dans des secteurs d’avenir.

  1. Imaginer les emplois nouveaux qui pourraient apparaître en conséquence des découvertes scientifiques ou techniques nouvelles ou prévisibles.

C’est alors le ministère de l’Education Nationale qui doit prendre le relais avec deux impératifs :

  1. Recruter et/ou former les enseignants qui pourront porter les nouveaux thèmes ; faire évoluer en conséquence les programmes ; faire connaître aux parents et aux élèves le pourquoi et la finalité de ces changements.

Cependant il doit être clair que la crise du corona virus que nous traversons aujourd’hui, si elle a des précédents en termes médicaux, est radicalement différente des crises précédemment évoquées dans ce document.

Nul ne saura sans doute jamais avec précision de combien de morts elle sera finalement responsable. Mais à coup sur, en France et dans les autres pays développés, elle va laisser, au moment où elle se terminera des millions de cellules familiales qui vont se trouver au mieux avec des revenus fortement diminués, au pire avec une absence totale de revenus. Salariés privés de revenus parce que leur employeur, personne ou société, a disparu ou déposé son bilan, commerçants ou auto-entrepreneurs dont les revenus se sont trouvés taris ou presque alors que charges et remboursements d’emprunts continuaient de peser : nul doute que les gouvernements concernés s’efforceront d’apporter des solutions, plus ou moins satisfaisantes, aux innombrables situations de ce type.

Pour les socialistes et la Gauche, l’établissement d’un filet de sécurité automatique pour chacun apparaît cependant indispensable.

Nombreux sont les seuils de revenus qui, dans notre système social, permettent d’accéder à des aides publiques. Ils sont même parfois si nombreux et si compliqués que nombre d’ayants droit n’en profitent pas ! C’est en partant de ce constat que la Gauche décida en 1988, elle était alors au gouvernement, de créer le Revenu minimum d’insertion (RMI) dont le bénéfice, insaisissable, était suspendu à une seule condition : avoir un revenu inférieur à un plafond fixé par décret. Plus d’un million de personnes en bénéficiaient quelques mois après sa mise en place, ce qui donnait la mesure des ravages du chômage à cette époque déjà.

Mais malgré ce qu’on pouvait considérer comme un succès, la mesure fit l’objet de nombreuses critiques : de la Droite qui considérait comme inacceptable « un cadeau sans contrepartie » ; et aussi d’une partie de la Gauche qui faisait remarquer qu’en quelques trimestres de temps, être traité de » Rmiste » était devenu stigmatisant.

Le mérite du débat fut d’avoir pour conséquence la réapparition d’un concept ancien mais pas oublié de tous : celui du « Revenu minimal d’existence », le RME, attribuable à tous et bien sûr alors imposable, qui a fait partie du programme socialiste aux dernières présidentielles.

Compte tenu de la manière dont se présente « l’après corona virus », une proposition pour la Gauche est alors est la suivante :

  1. Organiser pendant les douze premiers mois du prochain mandat présidentiel des débats au sein de toutes les institutions concernées. Puis adopter une série de décisions représentant une première étape significative vers le RME.

V. De nouveaux progrès démocratiques

Parler de malaises de la démocratie est aujourd’hui entré dans les mœurs et non sans raison.

La chute du totalitarisme soviétique n’a pas conduit le reste du monde à basculer dans la démocratie. La Chine et quelques autres pays d’Asie et d’Amérique latine continuent de se réclamer de leur modèle initial. La Russie à basculé vers un totalitarisme traditionnel qui est aussi la réalité de nombre de pays du tiers monde. Il est même des membres récents de l’Union Européenne, peut être admis un peu prématurément, à ne pas respecter la séparation des pouvoirs (politiques, judiciaires, d’information) qui est la clé de toute démocratie effective.

Il faut ajouter aussi que, contrairement aux pratiques actuellement en cours dans notre pays, la démocratie ne peut pas non plus consister à ce qu’un « premier de cordée » explique à ceux qui doivent le suivre pourquoi les choix qu’il a retenu sont les meilleurs !

La démocratie, en tout cas pour la Gauche, c’est d’abord de savoir écouter les « doléances » du peuple, puis de proposer des mesures pour y répondre : aux électeurs ensuite de choisir leur gouvernement.

D’où les deux propositions suivantes :

12. Alléger les conditions d’obtention d’un référendum d’initiative populaire :

    Les citoyens se sont vus récemment reconnaître le droit de forcer l’exécutif à débattre de mesures nouvelles lorsqu’un nombre suffisant d’électeurs en font la demande : c’est le fameux « référendum d’initiative populaire », dont la tenue exige aujourd’hui de rassembler plus de trois millions de signatures. L’échec récent de la collecte de signatures contre la privatisation de certains services publics a montré qu’avec une barre à ce niveau, le « RIP » avait peu de chances d’entrer en vigueur : pour qu’il entre dans la réalité, le nombre de signataires doit être abaissé.

    démocratie
    De nouveaux outils démocratiques sont nécessaires

    L’obligation d’organiser un referendum d’initiative populaire sera fixé à un million d’électeurs (quitte à stabiliser le chiffre à un niveau intermédiaire si le nouveau seuil s’avérait conduire à des excès !).

    Un processus de même nature devra être établi au niveau des collectivités territoriales de notre pays, y compris l’outre-mer.

      Dernière remarque qui n’est pas la moindre. La France et l’Europe vivent aujourd’hui dans un monde qui est un monde capitaliste. Alors que tous s’accordent pour reconnaître que la plus part des réalisations exigent des apporteurs de capitaux et des apporteurs de travail, nos sociétés acceptent (sauf dans le domaine essentiel mais limité des services publics dont le champ n’a cessé de décroître dans les dernières décennies) que les décisions soient prises quasi exclusivement par les premiers.

      13. L’existence d’entreprises privées favorise l’innovation, l’existence d’entreprises publiques offre une garantie de fourniture de services considérés comme indispensables. Des règles nouvelles devront garantir une présence significative de représentants des salariés dans les instances dirigeantes de toutes, avec des pouvoirs différents selon les sujets et un droit de veto au moins suspensif sur les décisions qui concernent les conditions de travail, l’emploi et les délocalisations.

      VI. La nécessité de politiques européennes et mondiales

        Nombre des politiques que nous souhaitons pour la France ne peuvent être mises en œuvre qu’à un niveau européen et pour certaines même au niveau mondial, qu’il s’agisse de grands projets industriels nécessaires pour continuer d’exister entre la Chine et les Etats Unis, de droits des salariés, de fiscalité ou, plus encore, de l’avenir du climat.

        La Gauche française, arrivant pour la première fois au pouvoir en 1981, après 24 ans d’opposition, n’a pas trahi comme certains ont pu le dire : elle s’est heurtée violemment non pas au traditionnel « mur de l’argent » comme ç’avait été longtemps le cas dans le passé, mais au « mur de la mondialisation libérale » dont elle avait sous-estimé la dureté. Et elle en est resté étourdie !

        Au niveau européen, il est plus que temps de mettre fin à un libéralisme débile, qui refuse la fusion d’Alsthom et de Siemens sous prétexte de garder une concurrence interne à l’Union, alors que les concurrents extérieurs, Américains et Chinois, ne rêvent que de nous manger morceau par morceau !

        Le libéralisme américain, face à l’Europe libérale actuelle, c’est la liberté du renard dans le poulailler. L’étatisme chinois, face à une Europe qui réfléchit au mieux à cinq ans, c’est la position d’un joueur d’échec qui raisonne à 25 ans. Dans les deux cas, on sait d’avance qui va perdre !

        On peut être fasciné par la créativité américaine. On peut être admiratif devant la culture chinoise. Mais c’est en Europe que sont nés les Droits de l’Homme (et, plus tardivement, les Droits des femmes ! ) et aussi les objectifs du socialisme démocratique. Alors, continuons de nous battre pour nos valeurs communes !

        Deux considérations doivent guider le choix par l’Europe de ses priorités : la première est la même que celle déjà mentionnée au niveau de notre pays : élaborer des scénarios d’anticipation de l’avenir et en tirer des conclusions ; la deuxième est de se focaliser sur les projets nécessaires qu’aucun Etat membre n’a les moyens de réaliser seul.

        14. Définir les priorités permettant à l’Europe de préserver son identité :

          La maîtrise de l’espace, des communications, de l’observation terrestre est certainement essentielle pour préserver notre indépendance collective. Les questions militaires, plus délicates, peuvent n’être discutées qu’entre les Etats membres intéressés. Le thème de la culture est également important : certes les européens parlent plusieurs langues, mais les philosophes, les savant(e)s, les musicien(ne)s de chacun de nos pays sont connus des autres !

          Une des clés : redonner du souffle au projet européen
          Une des clés : redonner du souffle au projet européen !

          Quatre domaines d’actions au moins doivent être priorisés :

          - Créer le « Commissariat au Plan Européen » qui définira, à partir des projets nationaux, des scénarios collectifs et synthétiques possibles pour l’Union européenne, qui devra ensuite définir les priorités collectivement jugées essentielles et les moyens de les financer.

          - Le programme Galiléo de réseau mondial de satellites doit être conduit à son terme, quelles que soient les difficultés financières nationales à venir.

          - Le programme Erasmus, d’échanges d’étudiants, doit être élargi à des échanges de lycéens.

          - l’Europe doit se doter de programmes à 5 et 10 ans visant à ce qu’elle respecte en ce qui la concerne les objectifs permettant de limiter à 2 degrés le réchauffement climatique mondial, et ce dans les délais les plus rapides.
           

          15. Elaborer des positions communes à défendre dans les instances internationales : Certaines de ces instances sont ouvertes à tous les pays membres de l’Union (ONU, OIT, OMC, COP,…), d’autres, comme le G20 ou le Groupe de discussion sur la dénucléarisation de l’Iran sont plus restreintes.

            Les socialistes français doivent présenter à leurs partenaires et défendre eux-mêmes des positions claires dans quelques domaines clés.

            Quelques suggestions :

            • Concernant l’OIT et l’OMC : Tout pays ne respectant pas le Droit de fonder des syndicats et la liberté de s’y inscrire peut voir taxer ses exportations.

            • Concernant l’OMC : Tout pays ne respectant pas la liberté de parole des lanceurs d’alerte et des ONG qui les soutiennent pourra également voir taxer ses exportations.

            • Concernant l’OMC et l’Unesco : Toute décision de l’OMC impactant le commerce des biens culturels ne peut entrer en vigueur sans un avis favorable de l’UNESCO.

            • Concernant le G20 : celui-ci sera invité à instaurer un taux minimal global de taxation des bénéfices mondiaux consolidés des firmes multinationales et une clé de répartition entre pays de production et pays importateurs.

            VII. De nouvelles formes d'organisation politique

            La vie politique ne doit pas se limiter à la préparation d’élections et au fonctionnement des institutions. Il faut revenir au sens d’origine du mot : la vie politique c’est la vie de la « cité » c’est-à-dire des « citoyens » qui la composent. La cité peut aujourd’hui être une commune, une région, un Etat, un regroupement d’Etats, voire l’humanité toute entière selon le problème qui est considéré.

            La règle du jeu doit alors être que pour une décision donnée, le niveau retenu doit être le niveau le plus bas incluant tous les citoyens concernés par les conséquences de la décision : c’est ce qu’on appelle le fédéralisme.

            Au niveau des Etats, ce sont les partis politiques conformes à la Constitution du pays qui regroupent les citoyens intéressés pour mettre en oeuvre des programmes concurrents. Au niveau de l’Europe, existent aussi des partis européens, regroupant les partis de chaque pays membre qui se reconnaissent dans les mêmes valeurs et priorités. Au niveau mondial, il existe pour les socialistes deux regroupements, l’Internationale socialiste et l’Alliance progressiste, mais qui se contentent de commenter l’actualité internationale sans jamais avoir essayé de bâtir un quelconque « programme commun ».

            Il existe par contre des internationales syndicales qui travaillent en liaison étroite avec les institutions mondiales traitant des questions qui les intéressent directement, essentiellement l’OIT et l’OMC : l’OIT traitant des droits sociaux et politiques des travailleurs, l’OMC des règles d’échange impliquant leur vie de travail.

            travailler autrement au niveau mondial
            Imaginer de nouvelles façons de travailler ensemble au niveau international au service de l'humain et de la planète

            Dernière composante, qui joue un rôle de plus en plus important au niveau mondial : les ONG internationales, présentes sue les terrains concernés par leurs objectifs et qui nouent des liens essentiels pour l’élaboration d’une vision mondiale permettant de définir les objectifs communs pour le mieux- être des habitants de notre planète et de la planète elle-même !

            16. Quatre objectifs alors :

              • La fusion des deux internationales socialistes et leur définition d’un programme mondial autour de quelques éléments centraux. Des discussions avec les autres internationales de Gauche.

              • L’établissement par l’entité ainsi créée d’échanges réguliers avec les organisations syndicales concernées.

              • L’établissement de contacts réguliers avec les ONG concernées par des éléments du programme afin d’élaborer, chacun dans son domaine d’action, des campagnes communes en direction des institutions concernées.

              • La création de réseaux favorisant l’échange d’informations sur les activités de chacun et la définition des priorités communes.

               

              « L’utopie n’est pas un rêve sans lendemain. Elle doit être, aujourd’hui comme hier, un rêve à transformer en lendemain. » Gérard Fuchs

              -

              Ancien parlementaire (à l'Assemblée nationale et au parlement européen), diplômé de Polytechnique, Gérard Fuchs a été chercheur au CNRS en physique d'abord, en économie ensuite (après tout, dans ces deux domaines, tout est question de rapport de force comme de juste équilibre), et il fut par ailleurs un haut dirigeant du Parti socialiste auquel il adhéra dès 1974 (membre du Comité Directeur puis du Bureau exécutif, Secrétaire international de 1988 à 1995).

              Conseille du président de la fondation Jean Jaurès, Gérard Fuchs plaide inlassablement pour une nouvelle conception de la mondialisation

              Mais Gérard Fuchs présida également l'Office National d'Immigration et plus récemment, ce grand voyageur occupa la fonction de Responsable International de la Fondation Jean Jaurès (2006-2015). Il y est toujours conseiller du président.

              Il a publié plusieurs ouvrages dont, récemment, « Mondialiser la gauche » (L'Harmattan, 2017).


              Vous souhaitez réagir ou commenter ? Envoyez votre message sur la boîte lesitedesgauches@gmail.com ou sur la page Facebook...