Ci-gît l'Europe ?

Ci-gît l'Europe ?

L'Europe en danger

Un rêve qui s'effondre

La pandémie aura-t-elle raison d'une Union européenne déjà défaillante sur bien des plans ? On peut le craindre. L'espérer est criminel. Imaginer la rebâtir sur des bases nouvelles semble encore utopique. C'est pourtant à ce jour la seule issue.

On savait déjà que l'Europe militaire n'existait pas. En Afrique, par exemple, les troupes françaises paraissent bien seules pour combattre les terroristes au Mali.

On savait que l'Europe sociale n'existait pas réellement. Aucune harmonisation, et bien au contraire, une forme de concurrence nauséabonde forgée sur une course au moins-disant.

On savait que l'Europe économique n'était pas un mirage mais que là encore, hors des oukases obligeant les états membres à se conformer à des politiques ultra-libérales, elle ne fait jour après jour que focaliser les mécontentements.

Idem pour l'environnement, idem pour d'importantes questions comme les droits LGBT.

On savait, enfin, que ces dernières années, l'Europe était restée d'un mutisme et d'une inaction parfaitement hallucinants par rapport au drame des migrants affluant à ses frontières : en première ligne, les Italiens ont fini un temps par s'en remettre à un gouvernement d'extrême-droite. D'autres ont pris leurs responsabilités, comme l'Allemagne, ont fait avec les moyens du bord, comme en Grèce. Aucune politique globale. Aucune autorité. Ou plutôt un seul mot d'ordre en somme : démerdez-vous ! Pardon, mais c'est l'expression qui convient.

L'actuelle pandémie ne change rien, pour l'heure, à ce tableau. La seule règle qui prévaut : le chacun pour soi. Politique de confinement à géométrie variable (et l'on peut parier qu'il en sera de même pour le « déconfinement »), distribution de masques (ou pas), de tests (ou pas), dans des proportions variables, préconisations thérapeutiques diffuses : les états membres, livrés à eux-mêmes, improvisent comme ils peuvent.

Les frontières se ferment

Pis. Pour des raisons certes compréhensibles, les frontières se ferment. Sur un plan strictement sanitaire, on comprend. Sur un plan politique, alors qu'un minimum de cohésion paraîtrait salutaire, c'est symboliquement désastreux.

masques
Même pour commander des masques et définir qui doit les porter, l'Union européenne ne sait plus parler d'une seule voix

Tout se passe comme si chaque jour davantage, les tenants du repli et des nationalismes les plus étriqués voyaient leur objectif se réaliser.

L'Europe se dissout sous leurs yeux. Et les nôtres.

C'est dramatique.

Et même quand il s'agit de commander hors de l'Europe des masques ou autres produits en urgence, chacun joue sa carte en solo.

Construite après la dernière guerre pour recouvrer quelque prospérité en préservant la paix, l'Union est en danger. Dans une tribune publiée aujourd'hui dans Le Monde, Pedro Sanchez, président du gouvernement espagnol, ne dit pas autre chose. « Les circonstances sont exceptionnelles et exigent des prises de position fortes : nous pouvons être à la hauteur de la situation ou échouer en tant qu’Union. Nous vivons un moment critique où même les pays et les gouvernements les plus européistes, comme l’Espagne, ont besoin de preuves d’un réel engagement ; ont besoin d’une solidarité forte. Parce que la solidarité entre les Européens est un principe-clé des traités de l’Union. Et c’est dans des moments comme celui-ci qu’elle se manifeste. Sans solidarité, il n’y aura pas de cohésion. Sans cohésion, la désaffection s’installera et la crédibilité du projet européen s’en trouvera alors gravement compromise. »

Pour notre part, on le trouve même un peu timide.

L'union des gauches, seule alternative

Il faut déjà penser à l'après. Car la nature a horreur du vide. Les vautours aux chemises noires sont aux aguets. Faute d'une réelle politique européenne enfin à la hauteur, il s'agit pour les peuples et aux forces sociales et politiques qui les représentent, syndicats et partis de gauche, de s'unir et de construire une alternative.

L'union des forces de gauche et de progrès pour contrer le repli fasciste. Voilà le défi. Voilà la nouvelle frontière.

La dernière élection des députés européens (en 2019, on pourrait dire il y a déjà si longtemps), n'avait pas été un exemple sur ce point…

Ph.M.

 

Post scriptum

Juste un premier mot sur la polémique du jour, à savoir qu'avec ce temps printanier, les Français auraient eu tendance hier à prendre des libertés avec les consignes de confinement. A qui la faute ? Peut-être aussi à ce pouvoir qui dit tout et son contraire à longueur de journée(s), qui demande de rester chez soi mais encourage la réouverture des marchés et la reprise du travail dans les usines (industrie) ou dans le BTP… Non ?

Et un dernier, c'est promis, sur les premières suggestions du dénommé Peltier (Les Républicains) : supprimer 5 jours de RTT pour financer les secteurs de la santé et de l'agriculture. A pleurer. A méditer pour les mobilisations à venir. Mais hélas dans le droit fil des ordonnances scélérates autorisant (provisoirement) la semaine de 60 heures !

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