Une tête de liste PC pour la gauche à Charleville-Mézières

Une tête de liste PC pour la gauche à Charleville-Mézières

Un ancien adjoint PCF mènera la liste de gauche à Charleville

Un maire PC régnant place Ducale serait une première

Il y aura une liste d'union de la gauche au printemps prochain pour les élections municipales à Charleville-Mézières (Ardennes). Par les temps qui courent, c'est déjà une information.

L'événement, toutefois, est qu'elle sera conduite par Sylvain Dalla-Rosa, 63 ans, conseiller sortant et chef de file du PCF ardennais pendant plusieurs décennies. Or, jusqu'au scrutin de 2014, le chef-lieu du « 08 » avait toujours été dirigé par un maire socialiste ou divers gauche (quand le PS local s'était divisé en 1995). Et quand on dit « toujours », on exagère à peine. En tout cas depuis le début du XXe siècle tant pour Charleville que Mézières et de la nouvelle ville née de leur fusion en 1966.

L'histoire récente explique ce qui s'apparente à un coup de théâtre. Dans un contexte national par ailleurs difficile, le PS local a essuyé une double gifle en 2014. Non seulement, avec ses partenaires – PCF et Verts -, il a perdu alors la mairie, mais le score avait été rude : la liste de droite conduite par Boris Ravignon (UMP) avait totalisé quasi 55 % des voix au second tour, devant la gauche (33,8 %… seulement) et le FN (11,1%).

Le maire sortant Philippe Pailla qui conduisait la liste avait cependant deux défis à relever : faire oublier les remous dans l'opinion provoqués par la démission de Claudine Ledoux moins d'un an plus tôt (ancienne députée, maire depuis 2001, elle fut nommée ambassadrice de France en septembre 2013) et composer avec un adversaire, Boris Ravignon, qui après deux échecs aux législatives, mit cette fois tous les atouts de son côté.

Affaire de notoriété

Le PS carolomacérien entra alors et dans l'opposition, et dans une phase de reconstruction. Se dotant bientôt d'un nouveau chef de file, Damien Lerouge, 33 ans, symbole de renouvellement mais dépourvu de mandat (sauf au sein d'un conseil de quartier) et à la notoriété peut-être encore timide…

La notoriété et l'expérience sont précisément les atouts qui ont fait pencher la balance en faveur de Sylvain Dalla-Rosa, qui fut adjoint du temps de Claudine Ledoux, entra au conseil en 1983, et qui a collectionné les scores à deux chiffres à l'occasion de plusieurs élections cantonales dans ses bastions de Mohon et de la Ronde Couture, deux quartiers populaires désormais grignotés par le FN puis le RN.

Aux Européennes, en mai dernier, PS (5,97%) et PCF (2,69%) ont été encore à la peine dans la ville de Rimbaud. Or, si « Génération.s » a déjà rejoint la liste d'union (3,78% en mai), les Verts (qui préfèrent initier une liste citoyenne) et la France insoumise (respectivement 11 et 7,1%) semblent pour l'heure bouder cette dynamique naissante.

Instaurer un doute serait déjà beaucoup

Autant dire que l'ancien conseiller de Nicolas Sarkozy devenu maire en 2014 et dans la foulée président de la communauté d'agglo peut se montrer serein. Si la liste Bellamy a plafonné à 7,5 % en mai, la République en Marche pourrait lui apporter son soutien, car considéré comme « Macron compatible », même si l'intéressé n'a rien demandé. Reste le Rassemblement national qui a fait plus de 28 points en mai. C'est la capacité ou non de Boris Ravignon à endiguer sa progression constante qui sera observée.

Dans un ville moyenne qui continue de perdre des habitants (46 600 contre 60 000 au milieu des années 70) et qui peine à servir de locomotive d'un département miné par la crise (le textile y a a sombré avant que la métallurgie et la sous-traitance automobile y rencontrent les pires difficultés), les mesures sécuritaires (généralisation de la vidéo-surveillance) et l'omniprésence médiatique du maire sortant ne suffisent pas, lors des scrutins nationaux, à contrarier l'enracinement du parti lepéniste.

Plus camarades que jamais, on le voit, Sylvain Dalla-Rosa, Damien Lerouge et leurs colistiers auront un sacré morceau de pain sur la planche. Si les autres partis de gauche les rejoignent, et si une dynamique s'instaure, alors entretenir ne serait-ce qu'un soupçon de suspense pourrait être synonyme de début de reconquête. Ce serait déjà beaucoup… En privé, des militants en conviennent volontiers : « Être de gauche ne signifie pas croire au Père Noël ». Les bonnes surprises n'en sont alors que plus exquises.

  • Crédit photo JPDRUMEL sous licence Creative Commons