Municipales : une élection peut (hélas) en cacher une autre

Municipales : une élection peut (hélas) en cacher une autre

Deux élections en une. Oui, mais...

Deux élections en une. Oui, mais...

Un constat inquiétant : bien que désormais dotées de compétences stratégiques, les intercommunalités sont absentes de la campagne. Une conséquence du mode de scrutin, puisque leurs élus sont désignés de manière indirecte. Autre souci : dans 3821 communes, une seule liste est en lice. Vous avez dit démocratie ?

Dans une semaine, des millions de Français vont aller glisser un bulletin dans l'urne à l'occasion du premier tour des élections municipales. Parfait. Bien que parasitée, pardon pour le terme, par le mouvement social contre la réforme des retraites (une réforme à laquelle s'oppose sans réserve le Site des Gauches, évidemment), puis par la crise sanitaire provoquée par l'épidémie de Covid 19, la campagne n'a pas été boudée. Des enjeux clairs ont été débattus. Des projets, des promesses, des bonnes intentions. C'est la loi du genre.

A gauche, dans nombre de localités, et pas des moindres, l'union a fait son chemin. Un progrès alors que les Européennes avaient été synonymes d'éclatement, et donc de morcellement, d'éparpillement des voix.

Certes, les Verts et la France insoumise ont souvent pour ces municipales décidé de faire cavalier seul. Ou de se fondre dans des listes dites citoyennes que ces partis contrôlent plus ou moins. Mais grosso modo, la gauche (PS, PCF, Génération-s et PRG) a essayé de resserrer les liens. Et donc les rangs.

Les intercos oubliées

Pour autant, ces élections, encore plus qu'en 2014, se révèlent problématiques sur au moins deux points.

Le premier, c'est que l'enjeu lié aux intercommunalités (communautés de communes ou d'agglomération) a été le plus souvent absent des débats. Il s'agit là d'un réel souci démocratique.

Les intercos (on dit EPCI quand on est « bien élevé », c'est-à-dire les établissements publics de coopération intercommunale) détiennent pourtant des compétences essentielles : on pense au développement économique, aux plans d'urbanisme, aux transports en commun ou encore aux ramassages et traitements des déchets, liste évidemment loin d'être exhaustive. Et qui s'étoffe au fil des ans.

Bus
La politique en matière de transports en commun est généralement l'affaire des intercommunalités...

Or, dans la plupart des professions de foi et des discours, rien n'est dit, ou trop peu, sur les intercos. Pourtant, pas une liste qui n'évoque pas la gratuité ou non des bus, la création ou l'aménagement de zones d'activités, l'instauration de nouvelles politiques de logement… Autant de sujets évidemment prioritaires, mais qui ne peuvent aboutir qu'avec l'aval de l'intercommunalité. Et le financement qui va avec.

Une raison toute simple : les membres des conseils communautaires sont élus au suffrage indirect. Sur les bulletins des listes pour les municipales, sont notés simplement les noms des élu(e) qui, le cas échéant, siégeront aussi au conseil communautaire.

Le règne du donnant-donnant

Du coup, dans les petites communes, en général, les candidats se contentent d'une phrase dans leur profession de foi pour promettre qu'ils défendront les intérêts du village.

Parfois, ils nouent déjà des contacts pour hériter d'un strapontin (une vice-présidence).

Et dans les grandes communes, à l'inverse, bénéficiant d'un fort contingent de sièges au sein du conseil communautaire, on devine qu'on saura convaincre aisément pour que l'interco ne fasse pas obstacle aux projets de la ville. Du donnant-donnant avec les élus ruraux ou péri-urbains. « Tu votes pour mes nouveaux tarifs de bus, je voterai pour ta salle des fêtes ».

déchets
Ramassage et traitement des déchets, là encore une compétence qui n'est plus du ressort des communes...

Sur ce, on doit compter sur les doigts de la main le nombre de dirigeants élus d'intercommunalités (présidents ou vice-présidents) qui rendent des comtes aux citoyens directement !

Une aberration, en somme.

Et un déni démocratique auquel le législateur doit s'attaquer.

Le deuxième gros souci posé par ces élections municipales est encore affaire de mode de scrutin.

Le suspense, quel suspense ?

Depuis qu'a été abaissé le seuil à partir duquel le scrutin par listes bloquées (donc sans panachage) de 3500 à 1000 habitants (ce qui concerna 6 659 communes en 2013 quand la loi fut adoptée), le paysage a perdu en pluralisme.

Le dimanche 15 mars, dans 3 821 localités, soit plus d'une commune de 1 000 habitants sur trois, il n'y aura qu'une liste et donc qu'un seul bulletin de vote. La majorités de ces villages ou petites villes où l'on sait déjà qui sera élu compte moins de 3500 habitants. Il est des exceptions notables toutefois : c'est aussi le cas de Coudekerque-Branche, près de Dunkerque (Nord), où l'on recense 21 134 habitants.

Une anomalie, là encore, qu'il faut corriger.

A défaut de rétablir le panachage dans les communes de 1000 à 3500 habitants, il suffirait d'accepter que se présentent des listes incomplètes (à condition évidemment que le nombre de candidats soit égal à la majorité des sièges).

Photo : Rama sous licence Creative Commons

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