A Metz, une autre majorité de gauche et citoyenne se dessine

A Metz, une autre majorité de gauche et citoyenne se dessine

A Metz, une liste alternative de gauche et citoyenne Unis pour Metz

A Metz, une autre majorité de gauche fait son chemin

Une succession non préparée, une majorité sortante divisée, un PS local récemment endeuillé. A Metz, on devinait une campagne compliquée. La réalité dépasse les prévisions les plus pessimistes. Sauf qu'une liste réunissant citoyens et militants de différentes formations de gauche entend bien créer la surprise. Présentation.

Le contexte historique d'abord.

Mars 2008. Coup de tonnerre à Metz. Après 160 années de gestion municipale de droite ou de centre-droit (c'est-à-dire depuis l'instauration du suffrage universel), un premier magistrat de gauche est élu.

Le socialiste Dominique Gros n'est alors cependant que le quatrième maire depuis la Libération.

Après Gabriel Hocquard (maire en juin 1940, au moment de la nouvelle annexion allemande, il achève son mandat de 1944 à 1947), ont suivi en effet deux très longues mandatures : celle de Raymond Mondon (RI) de 1947 à 1970 et celle de Jean-Marie Rausch (DVD, ministre d'ouverture au début du second septennat de François Mitterrand) de 1971 à 2008, réélu en 1977, 1983, 1989, 1995 et 2001 !

Automne 2019. Comptant 118 000 habitants, la capitale de la Moselle qui s'est considérablement modernisée ces dernières décennies vit un début de campagne agité. A tout le moins.

Tout est à refaire pour le PS

A 77 ans, Dominique Gros a indiqué à plusieurs reprises qu'il entendait passer la main. Et ne pas imiter ses prédécesseurs. Oui mais voilà. Mal anticipée, et d'autant plus compliquée depuis l'élection d'Emmanuel Macron et la naissance de la République en Marche, sa succession est loin de s'effectuer en douceur.

Sa majorité est divisée. C'est un euphémisme.

Du côté de LREM, c'est tout simplement son ancien premier adjoint devenu député en 2017, Richard Lioger, qui vient d'être investi. Plusieurs autres élus de la majorité sont derrière lui.

Au PS ensuite, rien n'est simple. Dès mars dernier, les militants de la section locale désignent Thomas Scuderi, adjoint à la Démocratie participative, comme chef de file. « Pas assez solide. Il n'a pas les épaules » se lamentent alors les caciques. Alors certains alertent Paris. La direction nationale refuse alors de valider le vote et renvoie sa décision à l'automne. D'autres suggèrent un temps que Dominique Gros remette le couvert, quitte à passer la main en cours de route, durant son troisième mandat. Et puis tout semble se dénouer début septembre. Jean-Michel Toulouze, 55 ans, adjoint aux finances, accepte de relever le défi. Et de conduire la liste socialiste. Las, le 3 octobre, il est retrouvé mort à son domicile, victime d'une crise cardiaque.

Pour le PS messin, outre la disparition tragique d'un ami, tout est à refaire.

Une autre voie à gauche

C'est dans ce contexte que depuis plusieurs mois, une alternative prend chaque jour davantage d'épaisseur. Une liste qui rassemblent des citoyens regroupés au sein du collectif Esplanade et des militants de partis de gauche convaincus qu'une autre voie est possible.

Reste que là encore, on est dans un certain paradoxe. L'homme qui conduit cette liste pour une autre majorité de gauche et citoyenne (dont le site de campagne est ici) a été, il y a peu, un proche du maire sortant...

Entretien avec le chef de file d'Unis Pour Metz, Xavier Bouvet.

Xavier Bouvet conduit la liste Unis pour Metz
La jeune tête de liste a notamment dirigé l'agence d'attractivité de la métropole

Une liste citoyenne à Metz, comme dans d'autres villes de France (Toulouse par exemple)... Pourquoi ? Parce que les « appareils » traditionnels ne sont plus adaptés à ce type de scrutin où les problématiques sont d'abord locales ? Pour insuffler une forme de modernité et un caractère participatif ?

Notre démarche part en réalité de tous ceux qui s'engagent et souhaitent s'engager. Un mouvement citoyen, Esplanade, mais aussi des partis politiques jeunes ou anciens (EELV, Géneration.s, Radicaux de Gauche, PCF à ce jour), car nous pensons qu'il est essentiel de respecter les organisations qui s'efforcent de porter et de structurer l'action publique. Il n'y a pas de démocratie sans partis, il n'y a pas de gouvernance stable sans partis. La démarche nationale « En Marche » qui a démarré par la fracturation des partis de droite et de gauche n'aboutit à rien de durable pour cette raison précise. Notre conviction repose dans le rassemblement et l'union des organisations. C'est plus complexe et sans doute plus long, mais nous sommes certains que cette démarche est plus fertile et plus puissante pour transformer nos villes. 

Certaines formations ont cependant déjà rejoint ou annoncé leur soutien ; comment cohabiter entre citoyens et militants durant la campagne ? Notamment pour élaborer le programme ? 

Les choses se font très naturellement, notamment, pour commencer, par le ciment indispensable de toutes les entreprises humaines : la camaraderie, la rencontre des personnes, la convivialité aussi. Pour partir de l'humain, il faut ces moments d'humanité, sans ordre du jour ni manœuvres.

« Amplifier le réveil de la ville »


S'agit-il, aussi, d'insuffler un certain renouveau après le long règne de Jean-Marie Rausch et les deux mandats du maire sortant PS ? 

Il s'agit de poursuivre et amplifier l'ouverture et le réveil de la Ville mais aussi, oui, d'oxygéner la vie politique par des engagements nouveaux, et de répondre à des enjeux devenus urgents : la transformation de la métropole pour protéger ses habitants des crises sociales et environnementales dans lesquelles nous entrons.

Pensez vous, à travers cette élection, à Metz ou ailleurs, que cette liste peut s'avérer une forme de laboratoire pour la gauche de demain si elle est souhaite retrouver un jour la majorité au plan national ? 

Nous le souhaitons. Beaucoup de camarades d'autres villes nous ont témoigné de leur intérêt pour « Unis pour Metz ». Après, la situation politique de chaque ville est singulière et les chemins différeront fatalement. A Metz, nous avons simplement eu la chance de mettre autour de la table des citoyens et militants issus d'organisation dont aucune n'était en capacité de s'imposer aux autres. Ainsi la force du collectif a-t-elle pu se bâtir sur des bases saines.

Et vous, Xavier Bouvet, que est votre parcours ?

Je suis le fil d'un père et d'une mère militaires. Les familles militaires sont encore assez nombreuses à Metz, première ville de garnison de France pendant près de cinq siècles. J'ai fait mes études à Lyon, Leipzig et Paris, autour des lettres, de l'histoire et des sciences-politiques. J'ai commencé une carrière dans le secteur privé à Paris avant de rejoindre le cabinet de Dominique Gros, maire PS de Metz en 2013. Ce furent des années de grande formation intellectuelle et humaine aux côtés d'un homme dont la hauteur de vues et la force d'âme continuent de m'inspirer. J'ai ensuite été son directeur général à la tête de l'agence d'attractivité (promotion touristique et économique) de la métropole.