Listes sans étiquette : ces logos que le citoyen ne doit pas voir !

Listes sans étiquette : ces logos que le citoyen ne doit pas voir !

Panneaux affiches électorales

Panneau attend affiche avec étiquette désespérément

Le phénomène a toujours existé lors des élections locales. Il s'amplifie cette année où la droite classique et les « marcheurs » préfèrent avancer masqués. Dommage, c'est (un peu) de la démocratie qui y perd.

Des listes sans étiquette, il y en a toujours eu lors des scrutins municipaux. A fortiori dans les petites localités, et davantage encore depuis le changement de mode de scrutin survenu avant les dernières élections de 2014, imposant des listes « bloquées » et l'interdiction du panachage dès le seuil des 1000 habitants. Une part du folklore de notre bonne vieille république s'en est allée, avec des dépouillements qui duraient parfois jusqu'à minuit !

Alors, le plus souvent, une fois qu'on a réussi à trouver assez de bonnes volontés, on fait bloc sur des projets d'intérêt général. Et si, dans ces mêmes petites communes, un autre groupe d'habitants arrive à composer une seconde liste, ce n'est pas généralement une question de sensibilité politique. Mais un conflit de personnes ou un désaccord majeur sur un projet majeur (implantation d'une zone commerciale, aménagement d'une rocade etc.).

Il en va différemment quand il s'agit de villes, a fortiori quand le cap des 5000 habitants est franchi.

Le théorème du trottoir

Là, présenter une liste sans étiquette, c'est généralement pour faire oublier la vraie couleur de la liste en question.

On entend souvent cette réflexion : «  Un trottoir ? Mais ce n'est ni de droite ni de gauche, un trottoir ! ». Pas faux. Mais ce serait insulter le dévouement et la compétence des maires, des adjoints et conseillers que de limiter leur champ d'action à la simple maintenance des trottoirs.

Plus une ville est importante, plus une grande part des choix budgétaires, des projets structurants, des politiques mises en œuvre en terme de services publics (délégués, privatisés, régis en interne), plus les choix effectués sur le plan de la circulation et de l'environnement, de la démocratie participative, de l'attention portée aux quartiers défavorisés à l'école publique (on insiste sur l'adjectif), aux associations, plus tout cela, donc, se révèle éminemment politique. Au sens noble du terme d'ailleurs.

Or, donc, dans nombre de villes, on voudrait faire semblant de croire que non, tout cela n'est qu'affaire de bon sens. De préoccupation de l'intérêt général. Qu'il n'y a rien d'autre à prendre en compte.

Le bon sens ne suffit pas

Du bons sens, certes, il en faut. Mais quand même, soyons sérieux.

Comme cela a pu être le cas quand la majorité au pouvoir à Paris était à gauche et que certaines listes oubliaient de faire figurer qui une rose, qui un marteau et sa fidèle faucille, sur les affiches et professions de foi, cette année, c'est la droite (LR et ses alliés du centre) et le parti présidentiel (LREM) qui sont les champions de cette manœuvre.

Je prends un exemple que je connais bien, même si je ne travaille plus dans les Ardennes. A Charleville-Mézières, où l'on recense un peu moins de 50 000 habitants, le maire sortant se représente à la tête d'une liste sans étiquette.

L'électeur doit donc oublier – ou ne pas être informé – que ce maire fut jadis conseiller de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur puis à l'Elysée.

L'électeur doit donc oublier ou faire comme si les leaders locaux de la droite conservatrice, des élus ou sympathisants du centre et même quelques adhérents ou militants En Marche étaient candidats.

L'électeur en revanche doit bien savoir que les ont rejoints, certes en petit nombre, mais les symboles sont importants, d'anciens militants ou sympathisants de gauche. Quitte à noyer le poisson, autant laisser la bouillabaisse mitonner sur le feu.

Un mauvais signal envoyé aux électeurs

Je précise que je n'ai rien contre les spécialités culinaires provençales ni contres ces anciens cartés du PS ou d'ailleurs. L'un d'eux, d'ailleurs, est un ami, et il le reste. J'ai toujours apprécié et salué son honnêteté, son engagement et son dévouement, publiquement, dans le journal où j'étais alors en poste, comme en privé. Je crois deviner qu'il est déçu – euphémisme – par la gauche d'aujourd'hui. Locale comme nationale. Je crois deviner qu'il a de l'estime pour le maire sortant. Et c'est respectable.

Mais de là à faire équipe avec quelques-unes des notabilités les plus réactionnaires de la ville ? Avec ceux qui applaudissent les privatisations, le démantèlement du droit du travail, le coup porté aux plus précaires par la réforme de l'assurance chômage, la réforme des retraites ?

Je ne comprends pas.

Pour moi, cette liste demeure majoritairement une liste de droite et du centre.

Bref.

Cette parenthèse personnelle mise à part, une dernière réflexion. Que ces listes sans étiquette cachent en fait des listes de droite, de gauche ou de je ne sais quelle nuance politique, elles affaiblissent la démocratie et favorisent les réflexes populistes. Afficher sa sensibilité, c'est dire que l'on se réfère à la définition de la constitution, c'est admettre que les partis politiques (même quand ils traversent des passes difficiles sur le plan identitaire…) concourent à la démocratie.

Bon. A propos d'étiquette, je vais arrêter là. C'est l'heure de l'apéro. Et sortir une bouteille. Elle a une étiquette, elle.

Photo Tomtom24 sous licence GNU Free Documentation License