Gauche plurielle, le retour ?

Gauche plurielle, le retour ?

Vote 2020

Le plus dur commence

A l'issue d'élections municipales hors norme, la gauche reprend des couleurs. Mais le défi demeure : pas de regain pérenne et pas de victoire en 2022 sans union. Le plus dur commence…

Hors norme.

Ce millésime 2020 des municipales restera à part dans l'histoire politique du pays. Une abstention massive, trois mois séparant le second du premier tour dans les quelque 4.000 communes concernées, le tout sur fond de crise sanitaire ayant d'une part effrayé certains électeurs et empêché d'autre part le déroulement normal de la campagne électorale (pas ou peu meetings, des gestes barrières et une distanciation sociale évidemment contraignants…).

Alors quel bilan tirer ?

Les grands médias évoquent une vague verte. De fait, que des maires de sensibilité écolo dirigent demain Bordeaux, Strasbourg ou Lyon n'est pas anodin. Mais ces succès ont été dans la plupart des cas obtenus via des listes de rassemblement de la gauche et des Verts.

Pour autant, alors que le parti présidentiel a clairement échoué dans son entreprise d'implantation locale _ on dira qu'il a pris date pour l'avenir pour être gentil _, seuls les centristes et ex-LR comme le Premier ministre tirant leur épingle du jeu, ce second tour a confirmé que localement, on semble revenu à une classique opposition droite républicaine versus gauche plurielle.

Toutes communes confondues, Les Républicains sont ainsi le premier parti de France en nombre d'élus locaux, devant le… Parti socialiste !

Pour le reste, tout dépend de l'échelle choisie.

Nous opterons ici pour la synthèse concernant les villes de plus de 30.000 habitants.

De quoi réellement relativiser certains commentaires.

L'étiquette choisie étant celle de la tête de liste, voici le bilan par rapport à 2014 (source Le Monde).

  • PCF ou FI : 18 (-7).
  • PS : 42 (-9).
  • DVG : 16 (+10).
  • Verts : 10 (+8).

TOTAL gauche de gouvernement : 86 en 2020 contre 84 en 2014.

Majorité présidentielle : LREM, Nouveau Centre, Modem, UDI : 23 (-6)

  • LR (ex-UMP) : 77 (-25)
  • Divers Droite : 43 (+25)

TOTAL droite classique : 120 (même chiffre qu'en 2014).

RN : 3 (+1).

Autres : 4 (+3).

--> Bien sûr, on ne peut faire l'impasse sur 2017 : le fait que des sortants PS ou LR ayant un temps affiché une forme de « macron-compatibilité » et se soient ensuite réfugiés sous des appellations « DVG » ou « DVD » a aussi impacté le scrutin et le tableau final...
 

Les villes symboles

Une expression est revenue souvent dimanche soir sur les plateaux : « C'est l'arbre ou ce sont des arbres qui cache(nt) la forêt... ». Vrai évidemment pour le RN et son succès à Perpignan alors que globalement le parti a nettement reculé.

A l'exception de la petite ville de Moissac, ville symbole car elle abrita et cacha des centaines de Juifs durant la Seconde guerre. Mais la présence de saisonniers bulgares a pesé.

Vrai aussi, qu'on le veuille ou non, pour les Verts. Certes, gagner Lyon ou Bordeaux, ce n'est pas rien. Mais 10 villes sur 236 de plus de 30.000 habitants, cela reste limité (d'où une sociologie électorale très spécifique).

Les villes symboles ont aussi pesé sur les premières impressions. Si le PC a perdu Saint-Denis et Saint-Pierre-des-Corps, sa première ville acquise dès 1920, il a repris Bobigny ou Corbeil-Essonnes.

Que Bordeaux soit demain dirigé par un maire écolo n'est évidemment pas anodin
Que Bordeaux soit demain dirigé par un maire écolo n'est évidemment pas anodin !

Au PS, après la déroute de 2014, quelques revers marquants (Metz et surtout Carmaux, la ville de Jaurès) sont largement compensés par des succès inattendus (Nancy, à droite de longue date) ou des reprises (Quimper, Bourges, Saint-Brieuc). Et il y a Lille, évidemment. L'anti-cas d'école par excellence quand on espère reconstituer une union de la gauche ressemblant à la gauche plurielle (LR soutenait Martine Aubry qui a évité la défaite de justesse face à la liste écolo autonome).

On l'aura compris, que ce soit arithmétiquement, politiquement ou sociologiquement, tirer des conclusions semble délicat.

Sauf sur un point.

C'est globalement là où elle a été unie que la gauche, multicolore et plurielle, a pu ou résister ou créer la surprise.

Cependant le plus commence. Si l'on pense à 2022 surtout. Car les institutions sont ce qu'elles sont. Il n'y a que deux candidats de qualifiés à l'issue du premier tour de la présidentielle. Tout le reste n'est que littérature.

Si elle ne veut pas se résoudre à de nouveau assister à un duel Macron-Le Pen, la gauche devra partir unie derrière un(e) candidat(e) alliant aspirations de gauche et écologiques.

Certain(e)s se voient déjà occuper cette place. Et ne s'en cachent même pas. Et c'est bien cela, qui, en ce lendemain de second tour, nous chagrine…

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