Florian Lecoultre : « Maire de gauche, cela a du sens »

Florian Lecoultre : « Maire de gauche, cela a du sens »

Florian Lecoultre élu maire de Nouzonville à 24 ans

Les cérémonies font partie du quotidien d'un maire qui a le goût de l'échange

Ex-leader national d'un syndicat lycéen, alors figure montante du PS des Ardennes, en 2014, Florian Lecoultre est élu à 24 ans maire de Nouzonville (6e ville du département). Une cité frappée de plein fouet par la crise économique. Il a aujourd'hui quitté le parti, mais son ADN politique n'a pas varié. Il pourrait solliciter en mars 2020 un second mandat… Une façon aussi de faire valider le premier.

Vous avez récemment fait sensation, ayant saisi le Défenseur des Droits au sujet de la desserte de votre ville par la SNCF. Une initiative peu commune !

Vrai, mais cela relève bien de ses prérogatives, étant en charge notamment de veiller aux droits des usagers des services publics, par exemple lorsqu'ils sont victimes de discriminations et/ou quand est constaté un dysfonctionnement grave et régulier desdits services. Et en l'espèce, il s'agit d'une forme de discrimination territoriale. Le problème est structurel. La capacité des rames, notamment aux heures de pointe (le matin et le soir), est notoirement insuffisante sur la ligne reliant Charleville-Mézières à la vallée de la Meuse (Nouzonville, Bogny, Revin, etc.), et des dizaines de passagers restent régulièrement à quai. Le matériel est ailleurs. Alors des salariés et des lycéens, depuis des années, sont pointés du doigt dans leur établissement ou par leurs patrons parce qu'ils arrivent en retard. Un pis-aller consiste pour la SNCF à affréter des cars. Bravo pour l'environnement. Et déjà qu'il n'y a plus de guichet en gare… Voilà pourquoi je suis monté au créneau (*). Ce territoire est méprisé. C'est mon rôle de maire que de combattre cela. On ghettoïse des villes, des périphéries, des zones rurales. Comme s'il y avait des sous-citoyens. Dans un autre domaine, le constat est le même quand on ferme une perception. Quid des usagers ? Quid de ceux qui ne sont pas familiers d'Internet ou qui n'ont pas de carte bleue ?

Ce combat n'est qu'une facette de votre mandat. C'est quoi, cependant, le quotidien d'un maire d'une ville de 6 200 habitants au passé industriel et qui a payé et paie encore un lourd tribut à la crise ?

Il n'y a pas de journée type. Cependant, une grande partie de l'emploi du temps est consacrée à des rendez-vous avec des concitoyens qui ont besoin d'un service, d'un renseignement, qui font face à des difficultés de tous ordres. Le maire est l'élu de proximité, il est sollicité, c'est logique. Même quand la question ne relève pas de ses compétences. Je conseille, j'oriente, je fais ce que je peux. Ici comme ailleurs, mon quotidien de maire relève de la préservation d'un lien social qui par ailleurs se délite… Le reste du temps, ce sont des réunions de travail, au niveau de la commune ou de l'agglomération, pour faire avancer des dossiers. Modestes ou structurants. Rien se fait tout seul. Et le week-end, bien sûr, il s'agit de participer aux assemblées et d'accompagner les manifestations locales.

Au fond, cela, un élu étiqueté chez Les Républicains pourrait aussi le dire. A raison. Qu'est-ce qui fait alors la différence entre un maire de gauche et un maire de droite ?

Oui, mais... ma sensibilité ressort cependant dans tous ces actes. Même à la marge. Elle influe dans mon approche des problèmes. Quand en 2015, j'ai dit « oui » à l'appel des pouvoirs publics d'accueillir des réfugiés dans ma ville, par ailleurs déjà confrontée à moult difficultés, ce n'était pas une décision facile. Mes convictions m'ont incité à le faire, et à expliquer pourquoi.

Je reste à gauche, évidemment, c'est mon ADN...

Vous avez été premier fédéral du PS dans les Ardennes de 2015 à 2017. Et vous avez jeté l'éponge. Vous avez quitté le parti. Pourquoi ?

J'ai tout simplement assisté, éberlué, à notre propre destruction. Le cap n'était plus le bon. Le gouvernement faisait exactement le contraire de ce que pourquoi, en 2012, le Président de la République et les députés de majorité avaient été élus. Mon mandat de maire a contribué également à cette prise de conscience. J'ai tenté, comme premier fédéral, de retisser les liens entre le PS et le mouvement social, les syndicats, les associations. Et puis… Et puis à ce qui me navrait sur le plan national, se sont ajoutées des querelles internes, dans le département. Décidément je n'étais pas, ou plus, un homme d'appareil. J'ai conservé des liens avec certaines figures nationales, comme Benoît Hamon, mais je n'ai pas rejoint son mouvement, Génération-s. Je reste à gauche, évidemment, c'est mon ADN, mais une gauche sociale. Au service de ceux qui n'ont plus personne pour les défendre, ou ressentent les choses ainsi.

Vous avez élu maire à 24 ans. Une jeunesse qui a pu se révéler un atout mais parfois un handicap. On a pu vous regarder de haut… Des regrets ?

Aucun. Il y a des moments « galère », mais il y aussi des petits bonheurs… Je crois qu'il faut relativiser, je ne vais pas à l'usine. Quelque part, je fais des choses qui me dépassent. Je m'efforce de servir. Et quand j'ai le sentiment de contribuer, même modestement, à changer la vie des autres, alors c'est que je ne suis pas mauvais. Et ma jeunesse, au fond, a permis d'aborder certaines questions avec une forme de fraîcheur mais aussi de radicalité, et cela s'est avéré positif.

Prêt à remettre cela, alors ?

Je n'ai pas encore pris de décision définitive. Du mouvement des Gilets Jaunes, on peut au moins retenir deux choses. Une protestation contre la vie chère, certes, mais aussi une aspiration à davantage de démocratie directe. Alors, dans mon esprit, si je devais solliciter un deuxième mandat, ce serait par définition également pour demander à mes concitoyens de valider ou non le bilan du premier. Par ailleurs, si je devais être de nouveau candidat, ce serait du aussi à un grand dossier qui me tient vraiment à cœur parce qu'il influera grandement sur l'avenir de la ville : la requalification des friches industrielles, notamment Thomé-Génot. Soit plusieurs hectares en plein centre… Avec l'agglomération, les premiers jalons sont posés, et cela débute par la dépollution des sols.

(*) : Un rendez-vous avec les directions de la SNCF et de la région Grand Est est fixé au 24 septembre. Des solutions concrètes devraient être décidées, espère le maire.