A Charleville, la gauche réunie derrière un communiste expérimenté

A Charleville, la gauche réunie derrière un communiste expérimenté

dalla rosa

La gauche veut reprendre Charleville et sa belle place Ducale

A la tête d'une liste d'union, Sylvain Dalla Rosa (PCF) entend reprendre Charleville-Mézières (Ardennes), ancien bastion de gauche dirigé depuis 2014 par un ex-conseiller de Sarkozy. La gratuité des transports en commun et une attention particulière portée aux quartiers populaires figurent parmi les priorités portées par la gauche.

Si on vous avait dit il y a encore un ou deux ans que vous seriez tête de liste de la gauche aux municipales, sans doute ne l'auriez-vous pas cru. Le rapport de force étant favorable au PS sur la Charleville-Mézières depuis plus de 20 ans au moins. Comment expliquer ce qui, aujourd'hui encore, peut surprendre ?

Effectivement, ma candidature comme tête de liste de la gauche pour les élections municipales n’était pas programmée. Cependant, dès que les discussions entre formations de gauche ont démarré (avant l’été 2018), ma candidature s’est imposée d’une façon évidente. Quand nous avons annoncé publiquement ma désignation, cela n’a pas été une surprise.

Depuis six ans que nous sommes dans l’opposition au conseil municipal, je porte la parole de la gauche et des écologistes. Au fil des conseils, je dénonce les gabegies de la majorité. Mes dernières interventions ont porté sur le plan de circulation qui asphyxie Charleville-Mézières.

Contrairement aux autres élections municipales il n’y pas eu de discussions interminables. Le PS et Génération-s ont accepté, naturellement, ma candidature. Les étiquettes politiques, à gauche, n’ont guère pesée dans la décision. Ensemble nous avons privilégié l’efficacité et l’engagement au service de la ville.

"La porte n'est pas fermée aux Verts"

Militant et élu depuis des décennies sur Charleville, vous connaissez la ville par cœur. En quoi, depuis 2014, les choses ont-elles changé ?

Paradoxalement ce n’est pas sur les options politiques que le changement le plus flagrant est apparu quelques semaines après la désignation du nouveau maire. C’est plutôt sur le pouvoir solitaire de celui-i. A l’exemple des débats en séance publique du conseil municipal.

Sur les 34 élus de la majorité il n’y quasiment aucune intervention en séance. Le maire Boris Ravignon se réserve, à lui seul, les prises de parole. Pour le reste, sur les changements qui ont marqué la gestion, on peut citer l’abandon des projets qui étaient portés par la gauche. Notamment la réalisation d’une scène de musique actuelle (SMAC) ou la mise en place d’un réseau de bus à haut niveau de service.

dalla rosa et lerouge
Sylvain Dalla Rosa, ici avec le chef de file du PS local, Damien Lerouge, dénonce un maire sortant au pouvoir "très" personnel

Le pouvoir personnel du maire se retrouve également dans le bulletin municipal. Dans chaque édition il signe trois éditoriaux. Le plus révélateur est la rédaction, systématique, de l’expression des groupes en fin de bulletin. Depuis 2014 il a signé tous les textes. C’est bien l’illustration d’un pouvoir solitaire.

Pour l'heure, les Verts font bande à part. Et on n'a pas de nouvelle de la France insoumise. L'union de la gauche n'est donc pas complète. Pourquoi ?

L’union de la gauche est représentée par une liste qui a été constituée par trois formations politiques, le PCF, le PS et Génération-s. C'est vrai, cette union n’est pas complète, car il manque les Verts et la France Insoumise. Nous les avions invités, il y pratiquement huit mois, à discuter. Nous avons été surpris de la réponse de la France Insoumise : ses représentants ont fait savoir qu’ils n’étaient pas intéressé. Sans plus d'explications. Je suis toujours étonné quand je constate qu’une formation politique se déclare « pas intéressée » par une élection.

Quant aux Verts, c’est encore plus surprenant. Leur chef de file siège depuis six ans dans notre groupe d’opposition et je n’ai jamais entendu de sa part des critiques sur nos positions, notre façon de travailler ou d’intervenir. Nous avons d’ailleurs défendu en commun plusieurs sujets comme la lutte contre le bruit ou la réalisation de pistes cyclables.

Cependant, nous ne fermons pas la porte à un travail collectif et à la constitution d’une liste de large rassemblement de toute la gauche et des écologistes. A nos yeux, ce sont les propositions programmatiques qui doivent prévaloir dans le débat.

Ce début de campagne se déroule parallèlement à un mouvement social d'ampleur contre la réforme des retraites. Est-ce finalement un coup de pouce ou au contraire, cela risque-t-il de réduire le temps consacré à la campagne elle-même ?

Je ne crois pas au hasard en politique. C’est le gouvernement qui a choisi la période pour proposer son projet destructeur sur les retraites. Le pouvoir ne pouvait ignorer que dans cette période il y avait les fêtes de fin d’année et un peu plus tard un rendez-vous électoral avec les municipales.

manif
Les candidats de gauche se sont fortement investis dans la mobilisation contre la réforme des retraites

Incontestablement ma participation, avec mes colistiers, à la mobilisation nous prend du temps que l’on ne consacre pas à la campagne électorale. Le mouvement en cours est d’ailleurs significatif des clivages politique. Si la gauche est bien présente dans les rassemblements, il n’en va pas de même avec la droite. Ni les parlementaires, ni le maire (LR) de Charleville-Mézières n’ont pris position sur ce conflit. Ce silence est révélateur du soutien à la casse des acquis sociaux. Comme je l’ai écrit par ailleurs, les Ardennais doivent se souvenir de cette attitude lors du scrutin municipal en mars.

"Il faut nouveau plan de déplacement urbain"

Si les mêmes se positionnent pour acter un recul social au niveau national, ils font de même au plan local.

En dehors de la gratuité des transports en commun (ce qui n'est certes pas rien et induit aussi, sans doute, une réflexion globale sur ce que l'on nommait le PDU), quelles sont les grandes mesures, les grandes propositions de la liste ?

Dans nos propositions programmatiques, que nous voulons débattre avec les Carolomacériens, nous avons effectivement une mesure phare qui est le passage à la gratuité totale des transports. A partir de cette proposition qui concerne le pouvoir d’achat, l’environnement et une autre façon de concevoir la voiture en ville, il convient de réfléchir à un nouveau Plan de Déplacement Urbain (PDU).

Cette position n’est pas une nouveauté puisqu’en 2013 nous avions déjà fait réaliser un PDU que le nouveau maire s’est empressé de jeter à la poubelle. Je persiste à penser que l’on ne peut pas toucher à un secteur de Charleville-Mézières si on ne se soucie pas de l’impact global sur la circulation. Les travaux réalisés sur la place de l’Hôtel de Ville sont de ce point de vue exemplaires. L’interdiction de circuler sur la place va contribuer à asphyxier la ville aux heures de pointe.

Je note également que le maire change d’attitude sur l’aménagement de la place Ducale. Alors qu’en 2009 il pronostiquait la suppression de 200 à 300 emplois dans l’hyper centre en raison de la suppression du stationnement, il affiche aujourd’hui sa volonté de piétonniser la place ! Sur ce dossier comme sur bien d’autres nous avons perdu six ans.

Parmi nos propositions il y également le gel de la fiscalité et une volonté spécifique de redynamiser les quartiers. Ce dernier point nous tient particulièrement à cœur. A l'occasion des fêtes de fin d'année, l’abandon des quartiers populaires, de leurs habitants, a été encore plus flagrant. Alors que le centre-ville est illuminé, aucune guirlande n’a été posée dans les quartiers. Je me suis rendu dernièrement à Manchester de nuit, c’est un trou noir dans lequel on arrive. Festival des marionnettes, Nuit blanche ou animations de l’été : il faut réfléchir à des actions décentralisées destinées à animer et revitaliser les quartiers. Sur un quartier comme la Ronde-Couture, nous sommes également favorables à la construction d’un nouvelle piscine car l’actuelle est très vétuste.

On l'oublie trop : cette élection décidera aussi de la « couleur » de la future agglomération. Comment décliner une campagne qui joue sur les deux tableaux ?

Tout d’abord je voudrais dire que l’agglomération Charleville-Sedan, qui a été constituée le 1er janvier 2014, est marquée par un gigantisme qui rend tout simplement impossible la gestion au plus proche des problèmes locaux. Je préférais nettement l’agglomération de Cœur d’Ardenne qui était composée de Charleville-Mézières et des communes périphériques. Actuellement l’agglomération Ardenne Métropole, ce sont 113 délégués et 130 000 habitants. De par la loi, des compétences de plus en plus importantes sont transférées aux intercommunalités.

"Non au cumul maire-président de l'agglo"

Dans une campagne électorale, il est donc vrai que les candidats ne peuvent se désintéresser des compétences de l’agglomération. Ainsi par exemple la proposition de gratuité des transports dépend de celle-ci. C'est pourquoi nous devons porter le débat à ce niveau : à défaut, les élus deviennent des plantes vertes. D’autre part le système électoral pour élire les conseillers communautaires est obsolète. Je milite pour un scrutin à part entière et non, comme c’est le cas actuellement, un fléchage sur les bulletins de vote pour les municipales. Notre liste propose également de rompre avec cette habitude voulant que maire de Charleville-Mézières soit président de l’agglomération.

La gauche mène une campagne de terrain très active depuis des mois
La gauche mène une campagne très active sur le terrain depuis plusieurs mois déjà. Et dénonce au passage le faux apolitisme du maire sortant.

Ce cumul est une charge de travail insupportable pour l’élu qui doit gérer les deux collectivités. Puisque la question du futur président de l’agglomération a été évoquée, et le nom de Didier Herbillon (maire de Sedan) avancé, je préviens que celui-ci ne recevra pas notre soutien car il est proche La République en Marche.

Pour sa part, le maire sortant semble « oublier » son appartenance à LR et le fait qu'il soit soutenu par LREM. Vous êtes surpris ?

Il n’est pas transparent que les candidats aux municipales ne revendiquent pas leur appartenance politique. Cela ne permet pas aux électeurs de juger des propositions portées par tel ou tel candidat. Avancer masqué, c'est cacher la réalité de certaines propositions comme la diminution des services publics. A Charleville-Mézières c’est vouloir tromper les électeurs que de ne pas se déclarer être de droite. Je comprends pourquoi cependant, certains, dans la période actuelle, veulent oublier la couleur de leur carte... Les Républicains, La République en Marche ou les centristes soutiennent la réforme des retraites proposée par Macron. Dernièrement le maire de Charleville-Mézières qui semble perdre ses nerfs m’a qualifié de malhonnête intellectuellement... Moi au moins, je n’avance pas masqué.

La gauche ne peut gagner à Charleville sans une forte mobilisation des quartiers. Lors des derniers scrutins, locaux ou nationaux, l'abstention y a été forte et le FN (devenu RN) y a réalisé des scores importants. Comment résoudre cette équation ?

La question de quartiers populaires est effectivement à prendre à bras le corps. Beaucoup d’habitants de ces quartiers se sentent délaissés. Ce ne sont pas de belles promesses électorales qui changeront les choses. Depuis des années je milite pour le développement de ces quartiers. Les dispositifs comme la classification Zone urbaine sensible n'ont pas été à la hauteur des enjeux.

rimbaud
Dans la ville de Rimbaud, la gauche veut redynamiser les quartiers et notamment une jeunesse qui s'estime laissée pour compte

On a fait beaucoup de béton mais pratiquement pas d’accompagnement social. Si je suis élu maire je souhaite accorder de l’importance à la vie quotidienne de tous les habitants.

"Combattre l'exode des jeunes"

En disant cela je ne veux pas faire l’impasse sur le centre de Charleville et de Mézières. Mais il me semble nécessaire de rééquilibrer les choses. Notre ville perd en moyenne 800 habitants par an. C’est notamment chez les jeunes que se produit cet exode. Donner l’envie d’habiter à Charleville-Mézières passe par un développement économique mais également par une implication plus grande dans les quartiers. Si nous voulons faire reculer le Front National, il y a urgence à s’atteler à la tâche.

En 2014, la droite avait réalisé une campagne de terrain très active, très ciblée, avec du porte à porte, des tracts parfois localisés pour une seule rue… Sur ce point, au moins, pensez-vous avoir les forces militantes nécessaires pour faire de même ?

Nous sommes entrés en campagne très tôt pour avoir le temps de débattre réellement de notre programme. Comme je le soulignais les partis politiques jouent leur rôle mais la dynamique qui s’est créée tient beaucoup aux candidats(es) qui s’investissent dans la campagne. Afin de les mettre en valeur, nous envisageons de publier des tracts par secteur avec la photo du candidat(e) qui y habite pour mettre en valeur notre ancrage dans les quartiers.

Photo de la place Ducale : François Goglins sous licence Creative Communs

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