Quand le théâtre dénonce la mondialisation... et ses complices

Quand le théâtre dénonce la mondialisation... et ses complices

Novembre 2003. Les banques lâchent les Ateliers Thomé-Génot. Une PME alors toujours familiale, fondée en 1863 et basée à Nouzonville, dans les Ardennes. Un sous-traitant automobile spécialisé dans les pôles d'alternateurs. Et qui s'en tire plutôt bien malgré les hausses du prix de l'acier et les pressions des constructeurs.

Les banques voudraient que le capital soit ouvert à un groupe ou à des partenaires extérieurs. C'est leur credo. C'est la mode.

La suite est cruelle. Le patron n'a pas le temps de trouver une issue. Il dépose le bilan en février 2004. Quelques mois de sursis et en octobre, le tribunal de commerce acte la reprise de ce fleuron qui emploie quelque 300 salariés par un groupe américain dont la figure de proue est accueillie comme le messie. Mais c'est un escroc. Qui va avec ses associés US siphonner consciencieusement tous les avoirs, vendre les biens immobiliers, et transférer outre-Atlantique des millions d'euros.

"Mister Willis is happy. Il vient d'acheter une entreprise qui fonctionne plutôt bien pour un euro !"

On attendait un fonds d'investissement, ce fut une arnaque magistrale. Les discours ronflants sur le management moderne et la nécessité de financer une filiale au Mexique font illusion quelques mois, puis les experts se penchent sur la vérité des comptes. Quand la vérité est mise au jour, il est trop tard. Les Ateliers Thomé-Génot sont liquidés à l'automne 2006.

La colère des salariés n'y changera rien.

Cependant, fin 2006, ce crash survient en plein campagne présidentielle. La presse locale fait son boulot, et les médias nationaux s'agitent aussi. On dénonce des patrons voyous. On évoque la mondialisation.

Didactique et grinçant

Dix ans plus tard, l'affaire est encore sensible et les cicatrices béantes dans un département que la crise, après deux guerres mondiales, saigne une nouvelle fois.

C'est pour toutes ces raisons que Rainer Sievert fait le voyage. Cet auteur dramatique et acteur allemand installé à Paris rencontre des témoins, prend des notes, croise les récits des salariés, délégués syndicaux, élus, avocats…

Le texte de la pièce est publié aux éditions Rhubarbe


 De l'ancien patron aussi, toujours pas remis. Et il en écrit une pièce de théâtre à la fois didactique (mais pas trop), drôle (parfois), en tout cas convaincante. Un tour de force magistral dans lequel il n'épargne personne : ni les banquiers, ni les élus politiques de tous bords, ni les représentants de l’État, ni les juges du tribunal de commerce, ni bien sûr les voyous d'ailleurs condamnés depuis mais qui ont su, in extremis, reprendre l'avion pour les États-Unis dont ils ne seront jamais extradés.

 

Rainert Sievert a titré son spectacle « La Formule du Bonheur ». Lisez le texte jusqu'au bout pour comprendre pourquoi. Il a été publié par les éditions Rhubarbe basées à Auxerre où la pièce a été créée avant d'être jouée à Paris, à Nouzonville même, et de voyager ici ou là.
La Formule du Bonheur, éditions Rhubarbe. 6 euros.