Michel Piccoli, acteur immense et fidèle compagnon de route

Michel Piccoli, acteur immense et fidèle compagnon de route

Michel Piccoli

Artiste de talent et homme de combat

L'acteur fétiche de Claude Sautet décédé à 94 ans avait aussi été syndicaliste et compagnon de route de la gauche dans nombre de combats. Hommage.

Fils d'un violoniste et d'une pianiste fille elle-même d'un industriel et parlementaire des débuts de la IIIe République, Michel Piccoli, dont le décès à l'âge de 94 ans a été annoncé hier ne fut pas seulement un grand artiste.

Formé au cours d’Andrée Bauer-Thérond puis au cours Simon, celui qui a été dirigé au cinéma par Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville, Luis Buñuel, Alain Resnais, René Clément, Roger Vadim, et bien sûr Claude Sautet, mais aussi au théâtre (c'est moins connu peut-être du grand public) par Jacques Audiberti, Jean Vilar, Peter Brook ou encore Patrice Chéreau (listes non exhaustives, évidemment) était discret sur sa vie privée mais plus disert quant à ses engagements.

L'immense acteur n'oublia jamais ses « collègues » moins célèbres et donc plus sujets à la précarité, et occupa ainsi un temps la fonction de vice-président du Syndicat Français des Acteurs CGT.

En compagnie de son épouse Juliette Gréco, il visita l'URSS en 1966 sans pourtant adhérer au PCF. Un peu plus tard, aux côtés notamment d'Yves Montand, il est membre du Mouvement de la paix.

Il héberge Krivine

Plus étonnant peut-être, en 1973, il héberge discrètement chez lui Alain Krivine quand la Ligue communiste est dissoute et que son leader est contraint à la clandestinité. Le mouvement trotskyste redevenu légal, l'acteur se porte garant de l’emprunt que contracte l'organisation quand elle fonde son imprimerie, Rotographie.

Michel Piccoli soutient François Mitterrand en 1981 et toujours proche de la gauche, il s'engage encore en 2009 en faveur de la loi dite Hadopi : en compagnie notamment de son ancienne épouse Juliette Gréco, de Pierre Arditi et de Maxime Le Forestier, Michel Piccoli cosigne un courrier amer à l'adresse de la première secrétaire du PS Martine Aubry qui n'a pas soutenu ce texte. « Vous avez perdu notre soutien – peut-être n’est-ce pas si grave après tout ? Mais il nous semble aussi, et cela est plus fâcheux, que vous avez également perdu votre âme » s'insurgent les artistes alors qu'effectivement, au sein de la gauche, de vifs débats ont lieu alors sur la pertinence et l'efficience de la loi quant à la protection du droit d'auteur et à la préservation de la création face aux nouveaux géants du web…

Et la télé publique ?

Un débat qui, au fond, est toujours d'actualité.

Michel Piccoli était donc un acteur géant, un artiste génial, mais aussi un citoyen pleinement en phase avec les défis et combats de son temps. Un compagnon de route de toutes les gauches… Ses choix de comédien en attestent aussi, de même que sa volonté de ne pas délaisser la télévision : il accepta de participer à des créations réalisées alors par Stellio Lorenzi et Marcel Bluwal. Parce qu'il croyait, à raison, à la notion de service public...

Dans ce contexte, comment juger autrement que désinvolte le fait que France 2 ait décidé de rendre hommage à Michel Piccoli en programmant à une heure aussi tardive (23 h 15), ce soir, le formidable « Vincent Francois Paul et les autres », de Claude Sautet.

Les chaînes privées sont moins frileuses que la télé publique, et c'est un vrai paradoxe (OCS propose ainsi « Le Mépris » de Godard à 20 h 40 et C8 «  Espion, lève-toi », d’Yves Boisset à 21 h 15).

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Sources : le Dictionnaire Maitron du mouvement ouvrier et du mouvement social.

Photo : Georges Biard sous licence Creative Commons

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