Les Lotois veulent rendre hommage à Gambetta

Les Lotois veulent rendre hommage à Gambetta

Léon Gambetta proclama la République en 1870

Des Lotois veulent célébrer les 150 ans de la République - et celui qui la proclama - avec éclat.

Né le 2 avril 1838 à Cahors, décédé le 31 décembre 1882 à Sèvres, Léon Gambetta proclame la République le 4 septembre 1870 au lendemain du désastre de Sedan. Des Lotois se mobilisent pour lui rendre hommage en 2020 et marquer ce 150e anniversaire via notamment l'édition d'une médaille spéciale.

Ironie du calendrier. Alors que l'année 2019 aura été celle du 900e anniversaire de la cathédrale de Cahors, avec de nombreuses manifestations à la clé, 2020 sera celle du 150e anniversaire de la proclamation de la République par Léon Gambetta (anticlérical certes mais aussi un des enfants célèbres de la capitale du Lot), le 4 septembre 1870, au lendemain de la défaite de Sedan et du naufrage du Second empire…

Parmi les temps fort déjà envisagés, l'édition d'une médaille commémorative par la Monnaie de Paris. Plusieurs associations lotoises (l'Amicale des anciens élèves du lycée et du collège Gambetta de Cahors, l'Association des collectionneurs lotois, la Société des études du Lot et l'Université pour Tous de Cahors) viennent ainsi de lancer une campagne de pré-souscription. En bronze ou en argent, la médaille commémorera certes le 150e anniversaire de la proclamation de la République et mais aussi 100e anniversaire du transfert du cœur de Gambetta au Panthéon le 11 novembre 1920.

La médaille de Gambetta qui pourrait être éditée en 2020
Le projet de médaille (en version bronze ou argent) qui sera édité si la mobilisation est assez large

Reste qu'un nombre minimum d'exemplaires (au moins une centaine) doit être pré-commandé. C'est pourquoi il n'y a pas de temps à perdre… Plus de détails ici. Que l'on soit attaché à la figure de Gambetta ou tout simplement à la République, que l'on soit collectionneur ou désireux d'épargner de manière originale, voilà une belle opportunité.

Reste à comprendre, dans le dernier quart du XIXe siècle, à quel point Léon Gambetta a pu, par son action, contribuer à renverser le cours des choses. Il y a donc l'audace du coup d'éclat – et non du coup d'état ! - du 4 septembre (ce qui explique le nombre de rues et avenues en France dédiées à Gambetta mais aussi à cette date), mais il y aussi le contexte.

Etre à gauche, c'est être républicain

A l'annonce de la fin du Second empire, une grande partie des responsables politiques pensait possible le rétablissement… de la royauté.

Le grand historien Maurice Agulhon put ainsi expliquer en 2005 dans la revue L'Histoire : « Quand la république s'installe dans les années 1875-1880, jamais peut-être la dichotomie droite-gauche n'a été aussi simple : être à gauche, c'est être républicain ; être à droite, c'est être contre la république. (Car) il y avait bien des façons possibles d'appliquer les principes de 1789 au gouvernement de la France, et chacun sait qu'en un peu moins d'un siècle on devait en essayer beaucoup ! Or toutes les formes de conciliation des principes modernes rationnels, libéraux, constitutionnels ou comme on voudra dire avec un régime de monarchie héréditaire devaient successivement échouer. Louis XVI, Napoléon Ier, Louis XVIII, Charles X ne croyaient guère à ces principes-là. Louis-Philippe Ier 1830-1848 et Napoléon III 1852-1870 étaient mieux accordés à l'esprit de leur temps, et leur échec mériterait d'être plus longuement analysé, ce que nous ne saurions faire ici aujourd'hui. Il faut nous en tenir au résultat : par essence ou par accident, peu importe, aucune monarchie royale ou impériale n'a survécu…  […]Au terme de ces « éliminatoires » historiques, la gauche en est venue à s'identifier avec la forme républicaine de gouvernement. On en est là dans les années 1870. Jamais, peut-être, la dichotomie française n'a été si simple. Être à gauche, c'est être républicain, être à droite, c'est être contre la république. La république, alors, n'est donc pas une simple forme, un cadre vide, une absence de roi ou d'empereur, elle a un contenu institutionnel positif qui est celui de la démocratie libérale, les deux valeurs, démocratie et liberté, étant également nécessaires. […] Aussi la république, instaurée un peu par surprise le 4 septembre 1870, sera-t-elle trois fois de suite ratifiée par le suffrage universel. Certes, les élections-surprises du 8 février 1871 assurent une Assemblée nationale monarchiste qui aura surtout à ratifier le traité de paix signé trois mois plus tard, mais toutes les élections partielles échelonnées de juillet 1871 jusqu'en 1875 verront les républicains gagner des sièges. En second lieu, la première élection de la Chambre des députés du nouveau régime février-mars 1876 donne une majorité considérable aux républicains 360 contre 153 monarchistes. »

Voilà pour le rappel du contexte.

L'amnistie des Communards

Mais Léon Gambetta, ce fut aussi, notamment, celui qui apporta son soutien décisif en 1880 au projet de loi amnistiant totalement les Communards. Son discours du 21 juin à l'Assemblée se révèle alors un plaidoyer exemplaire.

« Dans cette question, il n'y a rien à cacher ; le gouvernement pour répondre au sentiment du pays, doit être tenu au courant de ses affaires : il a tout naturellement pensé que, avant de mettre la dernière main à cette grande loi d'abolition et d'absolution, il était peut-être nécessaire de connaître l'opinion, non pas d'un homme, mais de tous les hommes de la majorité de la Chambre.

Eh bien ! Messieurs, je le sais, je l'ai vu, je l'entends tous les jours ; ne pensez pas, ne pensez jamais qu'il y ait un autre moyen de supprimer ces récriminations éhontées sur la guerre civile autrement que par une mesure d'abolition complète, absolue ; ne le pensez pas !

Pourquoi ? Parce que vous ne referez pas l'histoire […]. Tant que restera une question d'amnistie, vraie ou fausse, posée sur une tête indigne ou sur une tête obscure, vous pouvez être convaincus que, toujours et nécessairement, vous verrez une grande masse s'égarer qu'il eût fallu recueillir, vous verrez des esprits s'enflammer et s'exaspérer qu'il eût été fort simple de maintenir dans la ligne droite.

[…] Dans quinze mois, quand nous reviendrons devant nos électeurs, devant le suffrage universel, nous pourrons le prendre à témoin que, depuis le jour où vous avez voté l'amnistie, l'oubli, le pardon, le silence se sont faits sur la guerre civile. Voilà pourquoi je trouve l'amnistie opportune ; voilà pourquoi je l'ai conseillée, car c'est l'honneur du gouvernement républicain à côté duquel je suis, d'avoir pu, en matant les factions, fonder la République, ramener les Chambres dans Paris, décréter successivement la rentrée sur le sol national des hommes compromis dans nos discordes ; c'est l'honneur, la force de ce gouvernement, et il a bien le droit, au nom de la République, au nom de la France, de vous dire : « J'ai la garantie et le dépôt de l'ordre et des libertés nationales dans les mains, ayez confiance en moi, marchez avec moi. »

[…] II faut donc faire l'amnistie et par conséquent, la seule question politique qui se pose et qui s'impose à l'attention du Parlement est celle-ci : existe-t-il un moment, plus favorable pour la faire ?

[…] La République, c'est un gouvernement de démocratie, c'est le gouvernement qui est le plus fort de tous les gouvernements connus contre la démagogie. Pourquoi ? Parce qu'il ne gouverne et ne réprime ni au nom d'une famille ni au nom d'une maison, mais au nom de la loi et de la France.

[…] On a dit, et on a dit avec raison - cela saute aux yeux -, que le 14 juillet étant une fête nationale, un rendez-vous où, pour la première fois, l'armée, organe légitime de la nation, se trouvera face à face avec le pouvoir, où elle reprendra ces drapeaux, hélas, si odieusement abandonnés... Il faut qu'en face du pouvoir, en face de la nation représentée par ses mandataires fidèles, en face de cette armée, « suprême espoir et suprême pensée » comme disait un grand poète, qui, lui aussi, dans une autre enceinte, devançant tout le monde, avait plaidé la cause des vaincus... Il faut que vous fermiez le livre de ces dix années ; que vous mettiez la pierre tumulaire de l'oubli sur les crimes et sur les vestiges de la Commune, et que vous disiez à tous, à ceux-ci dont on déplore l'absence, et à ceux-là dont on regrette quelquefois les contradictions et les désaccords, qu'il n'y a qu'une France et qu'une République. »