Et notre Guy est parti aussi

Et notre Guy est parti aussi

Guy Bedos

Guy Bedos (1934-2020)

L'époque est rude et les nécrologies que l'on ne voudrait jamais écrire défilent à la façon d'un générique sans fin. Les lumières sont rallumées, la salle se vide, mais je veux encore t'applaudir, cher Guy. Debout. Pour un ultime rappel.

Eh, là-haut ! C'est pas un peu fini, non ? Pierre Bénichou, Christophe, Michel Piccoli, Jean-Loup Dabadie. Et Little Richard. Et Mory Kanté. Et tant d'autres.

Et aujourd'hui, c'est Guy Bedos. Notre Guy.

1934-2020.

A quelques-mois près, tu avais l'âge de mon père, décédé trop vite, en 1999.

Mais ce n'est pas une question d'âge.

Je t'ai vu sur scène à Paris, au théâtre du Gymnase, au Cirque d'Hiver, à Reims, plusieurs fois, et à Charleville, à maintes reprises là encore.

Jamais lassé. Et toi non plus je crois.

La dernière fois, j'ai attendu après le spectacle pour partager avec quelques heureux privilégiés une coupe de champagne au foyer du théâtre. Tu es apparu tout sourire, pantalon en velours, chemise à carreaux. Un mot pour chacun, quelques anecdotes. Tu riais en racontant comment Sarkozy t'avait invité à déjeuner et comment tu lui avais opposé une fin de non-recevoir (sans doute avant les présidentielles de 2007). Pas décidé, pas plus que la veille ou que le lendemain, à manger de ce pain-là. J'étais aux anges, timide. Je crois que j'ai bredouillé un « Bravo, merci pour tout... ».

Il y a les sketches, les classiques, il y a les revues de presse, il y a les colères et les indignations, sur scène ou sur les plateaux de télé. Et ce procès intenté par Morano. Tu l'as bien eue, finalement, la mégère.

Il y avait, Guy, ta fidélité à certaines valeurs. Celles avec lesquelles on ne transige pas. Jamais.

Un ami de la famille

La générosité, l'humanisme, les droits de l'homme, l'anti-racisme, tes engagements à gauche, tes déceptions quand ceux de ton camp n'étaient pas à la hauteur des espérances, mais jamais l'envie de cracher dans la soupe.

Hop ! Et un coup de téléphone, et tu allais témoigner. Manifester. Pour le droit au logement, pour le droit d'asile, pour le droit des autres. Pour le droit de rester toi-même. Tel quel. Jamais lassé de ne pas se résigner.

Tu étais drôle et généreux. Elégant, évidemment. On n'a pas fait le conservatoire et on n'est pas l'ami de Belmondo pour rien, quand même.

Oui, Guy, tu étais un artiste.

Un ami de la famille.

Tu nous manques déjà.

Merci.

Cela dit, j'ai plusieurs livres de toi. Et puis il y a YouTube. Et puis il y a tous ces souvenirs. Je vais pas te laisser partir comme ça, rassure-toi.

- - -

Photo : Georges Biard sous licence Creative Commons

- - -

Vous souhaitez réagir ou commenter ? Envoyez votre message sur la boîte lesitedesgauches@gmail.com ou sur la page Facebook.