Nous vieillirons ensemble

Nous vieillirons ensemble

Nous vieillirons ensemble

Des valeurs à transmettre

Je fais partie de ceux qui n'ont pas été convaincus, ce mercredi, par les propos du Premier ministre. Je crois que cette réforme des retraites est un mauvais coup. Un énième recul social dans un pays qui jour après jour se fracture, se délite, se perd. Voici pourquoi. Sur un ton doux-amer. Mais avec l'envie de lutter, encore et toujours.

Nous vieillirons ensemble.

Nous sommes nés tous les deux en 1966 alors, si j'ai saisi le propos du Premier ministre, en ce jour du 11 décembre 2019, nous pourrons faire valoir nos droits à la retraite à l'âge de 64 ans. En l'an de grâce 2030. Toi, peut-être un peu avant. On verra.

Si nous avons la santé, alors nous pourrons vieillir ensemble, alors nous pourrons profiter de nos petits-enfants.

Alors nous pourrons leur dire un peu de ce que fut notre chemin, un peu de ce que fut notre vie.

Nous leur expliquerons que l'année de nos 15 ans, il y a et il y aura encore plus longtemps, après l'élection d'un président socialiste en mai 1981, plusieurs lois avaient été votées, fixant l'âge de la retraite à 60 ans, accordant une 5e semaine de congés payés, accordant davantage de droits aux salariés dans les entreprises.

Le souvenir de 81

Nous leur dirons que ces progrès complétaient des acquis dont les premiers remontaient au XIXe siècle, complétés grandement en 1936, puis à la Libération et enfin en 1968.

Et à chaque fois alors, il avait fallu à nos aïeuls les arracher, ces conquêtes.

Nous leur dirons encore, à nos petits-enfants, qu'avant l'an 2000, sous un autre gouvernement socialiste, soutenu par une majorité qui portait le joli nom de gauche plurielle, le temps de travail avait été réduit à 35 heures par semaine. Et puisque nous avons quelque lien affectif avec la langue française – c'est en partie pour cela que nous avons été journalistes -, nous insisterons sur un point, un mot : en ce temps-là, le mot réforme était synonyme de progrès.

Nous vieillirons ensemble, mais nous tenterons de ne pas verser dans une nostalgie qui fatigue tant les jeunes âmes. On la fera courte : à nos petits-enfants, nous dirons que c'est après l'an 2000, grosso modo, que tout s'est détraqué.

Un héritage piétiné

Le mot réforme est devenu synonyme de contre-réforme. Le monde s'est élargi, notre horizon s'est mondialisé, et les grands esprits qui nous servent et servent aussi les intérêts des cordons de la bourse et des boursiers nous ont fait savoir qu'à partir de ce basculement dans le 3e millénaire, pour être moderne, il faudrait s'adapter.

Détricoter le code du travail.

Travailler plus longtemps.

Précariser les plus précaires (réforme de l'assurance chômage...).

Voir, jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, gouvernement après gouvernement, l'héritage de nos aïeux piétiné, les services publics laissés à l'abandon ou vendus à l'encan.

Debout jusqu'au bout

Les droits des salariés et des fonctionnaires grignotés. Et bien de nos amis, et bien de nos voisins, et bien de nos contemporains sombrer dans la précarité.

Nous vieillirons ensemble, mais nous dirons notre fierté d'avoir tout fait pour résister, d'avoir fait grève, d'avoir manifesté, d'avoir pétitionné.

Nous vieillirons ensemble.

Debout.

Si possible, debout, toujours fiers. Toujours persuadés que nos enfants et nos petits-enfants auront hérité un peu, un peu beaucoup, de notre ADN. Et qu'un jour, comme nous, ils comprendront. Qu'ils se battront. Qu'ils ne laisseront pas tomber.

Nous vieillirons ensemble.

Et si possible heureux. Parce que la flamme de la révolte restera vaillante.