Notre-Dame : le Guardian et « la parabole des milliardaires disparus »

Notre-Dame : le Guardian et « la parabole des milliardaires disparus »

Éditorialiste au Guardian, le quotidien britannique étiqueté « social libéral », Aditya Chakrabortty constate avec une ironie mordante que les millions d'euros promis par les milliardaires français au soir voire au lendemain de l'incendie de Notre-Dame de Paris, le 15 avril dernier, se font toujours attendre. Face à cette situation, qu'il qualifie de « parabole des milliardaires disparus », il suggère que Jésus, qui aimait dire qu'il vaut mieux donner que recevoir, devrait se doter en ce bas-monde d'un meilleur chargé de mission...

« En trois jours à peine, la classe des milliardaires français a craché près de 600 millions d’euros. Tout au moins, c'est ce qu'indiquèrent les communiqués de presse... » se souvient le journaliste anglais, citant les familles Pinault ou Arnault ou le groupe Total.

« Quelques personnalités s'interrogent alors sur cette manifestation très publique de piété, mais il s'agit bien sûr des mécontents professionnels. Quelques-uns des 3 600 personnes qui dorment dans la rue à Paris ont protesté également. Mais que savent les pauvres du sublime? Ailleurs, en revanche, les applaudissements furent assourdissants. « Les milliardaires peuvent parfois être vraiment utiles », a-t-on lu dans la presse. « Tout le monde est à notre chevet », a déclaré Stéphane Bern, une star de la télévision française. Et le président français Emmanuel Macron put décider que le chef-d'œuvre gothique serait reconstruit d'ici cinq ans. (Puis) les mois ont passé. Et Notre-Dame ne voit rien venir de la part des milliardaires. Les promesses de la mi-avril semblent avoir été oubliées à la mi-juin. Les gros donateurs n’ont pas payé. Pas un centime, selon un haut responsable de la cathédrale. Des sommes beaucoup plus modestes en revanche furent envoyées par des personnes modestes » écrit Aditya Chakrabortty, qui explique n'avoir pu obtenir de réponse auprès des grands groupes et milliardaires qu'il a interrogés.

Pas assez glamour sans doute

Selon lui, très vite, les grandes fortunes ont compris qu'il n'y aurait pas, en quelque sorte, de retour sur investissement, en dépit même des dispositifs fiscaux. Le chantier en effet s'annonce long. Rien à voir avec le mécénat d'une exposition… Et pas assez glamour. Sans parler des problèmes liés au plomb. « Financer un travail aussi sale, ce n’est pas pour les milliardaires du luxe » remarque l'auteur.

Et au fond, conclut-il, les grosses fortunes et les magnats français dont beaucoup aidèrent financièrement le président Emmanuel Macron quand il était en campagne ont déjà obtenu ce fameux retour sur investissement (via ses premières décisions une fois au pouvoir)...