Il y a 70 ans disparaissait Léon Blum

Il y a 70 ans disparaissait Léon Blum

Il y a 70 ans mourait Léon Blum

Léon Blum (1872-1950)

Le 30 mars 1950 mourait Léon Blum à l'âge de 78 ans. Il avait décidé de « garder » la maison socialiste en 1920 quand nombre de militants décidèrent de rejoindre la IIIe Internationale (et donc de fonder le PCF). Et il fut aussi, et surtout, l'emblématique chef du gouvernement du front populaire en 1936. Avec un programme toujours d'actualité.

Né à Paris en 1972, Léon Blum décède le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas.

Les dates clés de sa biographie sont connues. Après avoir refusé d'adhérer à la IIIe Internationale lors du congrès de Tours en 1920 pour garder la vieille maison socialiste, selon une expression restée fameuse, tandis qu'un autre pan des dirigeants et militants la quittait pour bientôt fonder le PCF, il devient au printemps 1936 le chef de gouvernement du Front populaire, alliance des socialistes SFIO, des communistes et des radicaux sur la base d'un programme commun (une formule que l'on retrouvera dans les années 1970).

On sait les acquis extraordinaires qui furent votés par les parlementaires, dopés par un mouvement social sans précédent : les congés payés, les 40 heures...

Dès 1937, le refus des radicaux de soutenir une intervention pour soutenir la république espagnole entraîne l'éclatement. Les communistes se retirent. Blum démissionne. Mais l'héritage de 36, sur un plan très concret comme symbolique, demeure.

Arrêté par Vichy, déporté, libéré en 1945, Léon Blum est président du gouvernement provisoire durant quelques semaines à l'hiver 1946-1947 pour initier la mise en place de la IVe République.

Pour rendre hommage à Léon Blum, devenu une figure du panthéon socialiste français, et de la gauche en général, il nous a semblé que le plus pertinent était de reproduire son discours du 6 juin 1936 à l'Assemblée quand il confirme qu'il va appliquer le programme de la majorité nouvelle.

En ces temps où nombre de Français sont appelés à se confiner, lire et peser chaque phrase de ce texte nous amène à penser que dans les mois qui viennent, plus que jamais, dans un contexte certes bien différent, c'est de nouveau et seulement par l'union des forces de progrès autour d'un programme minimum que de nouvelles perspectives pourront éclairer le chemin de la gauche…

Le discours fondateur

NB : Nous avons choisi de laisser l'essentiel du texte et des notes du compte-rendu des débats, ce qui a le mérite d'apporter quelques respirations en terme de lecture… En revanche, les mots et phrases soulignés en gras sont de notre fait.

Léon Blum, 6 juin 1936 : Messieurs, le Gouvernement se présente devant vous au lendemain d'élections générales où la sentence du suffrage universel, notre juge et notre maître à tous, s'est traduite avec plus de puissance et de clarté qu'à aucun moment de l'histoire républicaine.

Le peuple français a manifesté sa décision inébranlable de préserver contre toutes les tentatives de la violence ou de la ruse les libertés démocratiques qui ont été son œuvre et qui demeure son bien. (Vifs applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.)

Une majorité confortable... Mais qui éclata dès 1937
Une majorité confortable mais qui ne dura qu'un an

Il a affirmé sa résolution de rechercher dans des voies nouvelles les remèdes de la crise qui l'accable, le soulagement de souffrances et d'angoisses que leur durée rend sans cesse plus cruelles, le retour à une vie active, saine et confiante.

Enfin, il a proclamé la volonté de paix qui l'anime tout entier.

La tâche du Gouvernement qui se présente devant vous se trouve donc définie dès la première heure de son existence.

Il n'a pas à chercher sa majorité, ou à appeler à lui une majorité. Sa majorité est faite. (Vifs applaudissements à l'extrême gauche, à gauche et sur divers bancs.) Sa majorité est celle que le pays a voulue. Il est l'expression de cette majorité rassemblée sous le signe du Front populaire. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.) Il possède d'avance sa confiance et l'unique problème qui se pose pour lui sera de la mériter et de la conserver. (Applaudissements.)

Il n'a pas à formuler son programme. Son programme est le programme commun souscrit par tous les partis qui composent la majorité, et l'unique problème qui se pose pour lui sera de le résoudre en actes. (Nouveaux applaudissements.)

Une cadence rapide

Ces actes se succéderont à une cadence rapide, car c'est de la convergence de leurs effets que le Gouvernement attend le changement moral et matériel réclamé par le pays.

Dès le début de la semaine prochaine, nous déposerons sur le bureau de la Chambre un ensemble de projets de loi dont nous demanderons aux deux assemblées d'assurer le vote avant leur séparation. (Très bien ! très bien !)

Ces projets de loi concerneront :
- L'amnistie,
- La semaine de quarante heures,
- Les contrats collectifs,
- Les congés payés,
- Un plan de grands travaux
(Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche), c'est-à-dire d'outillage économique, d'équipement sanitaire, scientifique, sportif et touristique (Très bien ! très bien !),
- La nationalisation de la fabrication des armes de guerre (Vifs applaudissements à l'extrême gauche, à gauche et sur plusieurs bancs au centre),
- L'office du blé qui servira d'exemple pour la revalorisation des autres denrées agricoles, comme le vin, la viande et le lait (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs),
- La prolongation de la scolarité (Très bien ! Très bien !),
- Une réforme du statut de la Banque de France (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche), garantissant dans sa gestion la prépondérance des intérêts nationaux,
- Une première révision des décrets-lois en faveur des catégories les plus sévèrement atteintes des agents des services publics et des services concédés, ainsi que des anciens combattants.
(Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs.)

Sitôt ces mesures votées, nous présenterons au Parlement une seconde série de projets visant notamment le fonds national de chômage, l'assurance contre les calamités agricoles, l'aménagement des dettes agricoles (Applaudissements), un régime de retraites garantissant contre la misère les vieux travailleurs des villes et des campagnes. (Vifs applaudissements à l'extrême gauche, à gauche et sur divers bancs au centre.)

Une justice fiscale

À bref délai, nous vous saisirons ensuite d'un large système de simplification et de détente fiscale, soulageant la production et le commerce, ne demandant de nouvelles ressources qu'à la contribution de la richesse acquise, à la répression de la fraude, et surtout à la reprise de l'activité générale. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.)une du Populaire

Tandis que nous nous efforcerons ainsi, en pleine collaboration avec vous, de ranimer l'économie française, de résorber le chômage, d'accroître la masse des revenus consommables, de fournir un peu de bien-être et de sécurité à tous ceux qui créent, par leur travail, la véritable richesse (Applaudissements à l'extrême gauche et sur divers bancs à gauche), nous aurons à gouverner le pays.

Nous gouvernerons en républicains. Nous assurerons l'ordre républicain. (Applaudissements.) Nous appliquerons avec une tranquille fermeté les lois de défense républicaine. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.) Nous montrerons que nous entendons animer toutes les administrations et tous les services publics de l'esprit républicain. (Vifs applaudissements à l'extrême gauche, à gauche et sur divers bancs au centre.) Si les institutions démocratiques étaient attaquées, nous en assurerions le respect inviolable avec une vigueur proportionnée aux menaces ou aux résistances. (Nouveaux applaudissements sur les mêmes bancs. - Interruptions à droite.)

Un moyen ou but...

Je sais très bien que, pour nos amis radicaux, le but n'est pas la transformation du régime social actuel, je sais très bien que c'est à l'intérieur de ce régime et sans penser à en briser jamais les cadres qu'ils cherchent à amender et à améliorer progressivement la condition humaine.

En un sens, ce qui est pour nous un moyen est pour eux un but, ce qui est pour nous une étape est pour eux un terme, mais cela n'empêche pas que nous n'ayons un bout de chemin et peut-être un long bout de chemin à parcourir ensemble ! (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche. - Interruptions à droite.)

Vous êtes, messieurs, des esprits vétilleux et rigoureux que cette alliance a l'air de choquer. (Dénégations à droite.)

Si elle vous choquait - et je suis ravi qu'il n'en soit rien - je vous rappellerais qu'elle est aussi ancienne que la République en France, je vous rappellerais que les origines de la République en France ont été trois fois de suite des origines populaires et révolutionnaires. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.)

Je vous rappellerais que, chaque fois que la République a été menacée, elle a été sauvée par cette union de la bourgeoisie et du peuple républicains, et de la masse des travailleurs et des paysans. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche. - Interruptions à droite.)

Vous l'espériez, on le fait

Cette alliance s'est manifestée sous bien des formes. Cela s'est appelé « le soutien », cela s'est appelé « le cartel », cela s'est appelé « la discipline républicaine », c'est-à-dire cette règle acceptée indistinctement par les uns et par les autres et qui fait que, depuis plus de cinquante ans, au second tour de scrutin, le Front s'est formé contre la réaction. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche. - Interruptions à droite.)

Après les élections de 1924 et surtout après celles de 1932, on a amicalement raillé notre impuissance à constituer ensemble un gouvernement. Eh bien ! messieurs, réjouissez-vous. Ce que vous avez tant souhaité est fait aujourd'hui. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.- Exclamations à droite.)une lhumanité

Nous sommes des socialistes, mais le pays n'a pas donné la majorité au parti socialiste. II n'a même pas donné la majorité à l'ensemble des partis prolétariens. Il a donné la majorité au Front populaire.

Nous sommes un Gouvernement de Front populaire, et non pas un Gouvernement socialiste. Notre but n'est pas de transformer le régime social, ce n'est même pas d'appliquer le programme spécifique du parti socialiste, c'est d'exécuter le programme du Front populaire. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.)

Je dis cela aussi clairement et aussi nettement devant vous que je l'ai dit devant le congrès de notre propre parti.

Nous sommes au pouvoir en vertu du pacte constitutionnel et des institutions légales. Nous n'en abuserons pas.

Nous restons fidèles à l'engagement que nous contractons en entrant dans le Gouvernement et en demandant aux chambres leur confiance.

Nous demandons que personne ne songe à en abuser contre nous.

Nous demandons qu'on n'abuse pas de ce pacte constitutionnel et de ces garanties légales que nous acceptons, qui restent notre loi, pour refuser aux masses populaires du pays, à la majorité du pays, les satisfactions nécessaires qu'il espère et qu'il attend. (Applaudissements à l'extrême gauche et à gauche.)

Illustration composition de la chambre en 1936 : Alankazame sous licence creative commons

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