Du 5 décembre au 15 mars, de quelle couleur sera l'hiver ?

Du 5 décembre au 15 mars, de quelle couleur sera l'hiver ?

La grève du 5 décembre annonce-t-elle un hiver rougeoyant ?

Le 5 décembre durera-t-il jusqu'en mars ?

Appel unitaire (ou presque) à la grève et à la manif contre la réforme des retraites le 5 décembre 2019, premier tour des élections municipales le 15 mars 2020. L'hiver commence tôt et s'achèvera un poil en avance. Mais de quelle couleur sera-t-il ?

D'ordinaire, les éditorialistes se posent invariablement la question bien plus tôt dans l'année. Au cœur de l'été, c'est ce que l'on appelle un marronnier dans le jardon journalistique : « La rentrée sera-t-elle chaude, voire explosive ? ».

Cette année, le calendrier a pris du retard, mais s'accélère à l'approche des fêtes.

Première date clé : le jeudi 5 décembre.

Plusieurs syndicats et partis de gauche appellent à la grève et à manifester contre la réforme des retraites. Il y a pour l'heure un paradoxe. Primo, malgré le rapport remis il y a déjà quelque temps par Jean-Paul Delevoye, on n'en connaît pas encore le détail précis. Sauf que les régimes spéciaux seraient abolis et qu'a priori, on se dirigerait vers un système de retraites par points. Pour le reste, le gouvernement joue au chat et à la souris, se contentant de mettre en avant le principe d'égalité. Comme d'habitude, attaquer les régimes des agents de la SNCF, de la RATP et autres EDF désignés comme des privilégiés permet de faire oublier le reste. Mais qui peut croire qu'il ne s'agit pas là d'une tactique éculée. Sous couvert d'égalitarisme, toutes les projections convergent. On se dirige bien vers un âge réel (à taux plein) de départ repoussé et des pensions réduites. Tout le débat porterait sur la date de mise en œuvre…

Convergence… ou pas

Cependant, le défi est ailleurs. Celui de la cristallisation des mécontentements, celui de la convergence des luttes. C'est la même chose, mais le vocabulaire varie selon la position que l'on occupe sur l'échiquier politique.

Or, entre les hospitaliers, les postiers, les enseignants qui crient à la mort programmée du service public, entre la réforme de l'assurance-chômage qui va précariser les plus précaires ou encore la réforme des APL – liste non exhaustive – on peut évidemment penser que des conditions existent pour que le 5 décembre se prolonge.

Sauf que les syndicats sont divisés, les partis de gauche aussi.

Un phénomène que les échéances de mars, les élections municipales, a évidemment tendance à amplifier.

Chacun y va de sa petite musique. Chacun espère tirer les marrons du feu du marasme ambiant.

Sauf si les gilets jaunes deviennent des gilets roses ou rouges. Sauf si la dynamique unitaire finit par s'imposer.

L'union n'est pas une utopie

Certaines villes donnent l'exemple.

A Grenoble, usant d'une belle formule, le maire écolo sortant Eric Piolle constate ainsi : « Nous avons rajouté des chaises dans notre maison commune »… Le PCF a rejoint en effet il y a trois jours EELV, LFI, Génération Ecologie, Génération.s, Place publique, Nouvelle Donne,le Réseau citoyen et une partie du PS local.

Quelques semaines plus tôt, à Clermont-Ferrand, les militants locaux d'EELV ont accepté – à une faible majorité – de soutenir le maire PS sortant Olivier Bianchi. Qui compte aussi le soutien du PCF, de Génération.s et du PRG.

Et à Besançon, mouvement symétrique. C'est le PS local qui a souhaité renoncer à faire cavalier seul pour suivre une tête de liste EELV, Anne Vignot, déjà soutenue par le PCF, Génération.s et À gauche citoyens.

Comme quoi, selon les contextes, des listes plurielles unitaires ont le potentiel pour tirer leur épingle du jeu.

Des Verts pas très lisibles

Hélas, la stratégie des Verts est à géométrie variable. A Nantes, Rennes ou Paris, Marseille et Lyon, par exemple, ils ont préféré jouer solo. Comptant surfer sur les bons scores de mai aux Européennes.

Ce qui impliquera, le plus souvent, ou des triangulaires ou quadrangulaires, ou des conciliabules et rabibochages entre les deux tours pour sortir du chapeau des listes fusionnées. Ce que les électeurs ne voient jamais d'un bon œil.

Alors ?

Alors, c'est bien chacun d'entre-nous, en fin de compte, qui peut ou non ajouter sa petite touche, sa petite voix, sa petite ou grande mauvaise humeur.

Et faire que cet hiver soit rouge (plus ou moins foncé), rose, vert ou arc-en-ciel. A défaut de compter sur les états-majors ou de donner leur avis par procuration, les citoyens ont la parole. Une boîte crayons de couleur est ouverte. A eux de choisir quelle nuance les séduits...